Programme Européen

Modélisation de la CompleXité

7e Rencontre MCX
Aix-en-Provence – 17-18 juin 1999
Centre de Congrès

Pragmatique : L'intelligence de la Complexité

Cahier des Résumés de la Rencontre

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Mis en ligne par
Serge DIEBOLT
d'après un document mis en page par
Magali SIREROLS

Présentation et mode d’emploi du cahier des résumés

Pragmatique et Complexité oblige, il a fallu souvent bricoler pour mettre en forme éditable ce Cahier des Résumés :

- il servira d'abord de fil d'Ariane aux participants de la Rencontre explorant ce labyrinthe des reliances ;

- puis éventuellement complété, mis à jour … et après les corrections typographiques et orthographiques d'usage (ah ! les noms propres), il constituera une sorte de sillage, trace qu'évoquera la mémoire lorsqu'on reprendra les cheminements tâtonnant que chacun poursuivra après la rencontre.

Ce Cahier des Résumés, réalisé avec les moyens du bord dans des conditions matérielles souvent acrobatique (ah, les "ouvertures de fichiers" attachés de certains messages Internet) avec le concours complice d'Isabelle Nguyen, d'Eric Folacci, et autres membres du GRASCE, recèle encore quelques imperfections et quelques manques : Ses lecteurs - ou ses utilisateurs - cultivant leur intelligence de la complexité, me le pardonneront je l'espère.

En attendant que son installation sur le site web : www.mcxapc.org permette de l'explorer à l'aide de quelques puissants moteurs de recherche, on pourra travailler cette édition classique sur un support papier par une indexation sommaire :

- les résumés sont classés par ordre alphabétique des noms d'auteurs (ou du premier auteur), chaque fiche portant la référence de la session ou de la séance dans laquelle cette contribution sera présentée.

l'Agenda détaillé des sessions permet à l'inverse d'"entrer" par la référence de la session et de repérer les noms des auteurs y intervenant

J'ajoute que quelques résumés manquent encore : Soit parce que les auteurs ont trop tardé à nous les communiquer, soit, dans quelques rares cas, parce que je n'ai pas pu disposer d'un texte décodable, du fait des transmissions et recodages d'Internet.

Merci à chacun de me dire ses suggestions d'amélioration, que je prendrai en compte dans la version définitive de ce Cahier des Résumés qui deviendra le Dossier MCX XVIII 

Magali SIREROLS

"Editrice" du Cahier des Résumés

de la Rencontre MCX 99

Doctorante au GRASCE-GREQAM

magali.sirerols@fea.univ-3MRS.FR

 

Sens et Représentation du Travail

Michel ADAM

Session 17 M2

Un concept double et sa représentation par le schéma pour une action novatrice

Michel ADAM

Un jour que j'animais une formation de tuteurs en entreprise d'insertion dans une salle aux immenses baies vitrées, un homme s'est approché à l'extérieur, a assemblé les morceaux d'un grand balai-éponge et a commencé à nettoyer les vitres de la poussière qui les recouvrait.

J'ai proposé aux stagiaires de nommer le travail de cet homme, ce qui ne posait problème à personne : il nettoyait les vitres.

Puis j'ai demandé quel était son emploi, une demi-douzaine de réponses me furent proposées : depuis le silence perplexe jusqu'aux hypothèses les plus audacieuses, en passant par "salarié d'une entreprise de nettoyage", "artisan à son compte", "CES de l'association gestionnaire des lieux", "retraité obsessionnel du nettoyage", etc. On pouvait facilement dire le travail de cet homme, on ne pouvait pas dire son emploi. Ce fut une découverte pour la plupart des participants… Non seulement les deux mots étaient devenus différents, mais l'un ne nous renseignait pas sur l'autre !

Travail, emploi, deux termes douloureux au cœur de l'actualité depuis plus de vingt ans, deux mots souvent tenus pour équivalents, et sources de nombreuses confusions, mais qui cachent dans leur imbrication des différences redoutables et des complémentarités vitales.

Cette confusion fait des ravages :

- elle occulte la recherche de solutions à nos problèmes actuels,

- elle stigmatise des personnes qui sont déjà dans des situations difficiles.

N'est-il pas aujourd'hui nécessaire d'y regarder de plus près et de questionner ces deux notions, dans leurs significations et dans leurs rapports si nous souhaitons mieux affronter les enjeux du présent, et pouvoir agir avec un minimum de pertinence ?

Une approche sémantique s'impose à qui veut y voir plus clair et surtout à qui veut agir par le travail pour ramener vers l'emploi dit ordinaire, des personnes qui ont été exclues depuis longtemps. Ces deux cas me concernent, d'abord en tant qu'être humain doté d'un goût immodéré pour l'action et d'une assez forte pulsion épistémophile, mais aussi en tant que fondateur et président actuel d'IRIS.

IRIS est un acronyme qui signifie Initiatives Régionales pour l'Insertion et la Solidarité. C'est le nom que nous avons choisi de donner en 1992 au regroupement régional de toutes les Structures d'insertion par l'activité économique (S.I.A.E.) en Poitou-Charentes. IRIS est donc l'Union Régionale des entreprises d'insertion (E.I.), des associations intermédiaires (A.I.), des régies de quartier (R.Q), des entreprises de travail temporaire d'insertion (E.T.T.I.), des groupements d'employeurs pour l'insertion et la qualification (GEIQ) et des chantiers d'insertion.

Soit une centaine de structures à statut principalement associatif, qui ont créé en 12 ans près de 500 emplois permanents et qui accueillent chaque année environ 12 000 personnes (ou 3 000 etp (= équivalent temps plein), sous des formes diverses mais dans un but unique : leur (ré-)insertion professionnelle et leur remobilisation par le travail… dans un emploi formateur.

Ce sont des entreprises de ré-apprentissage d'un métier, d'une vie structurée, d'un espoir possible, pour ceux et celles qui ont raté les deux premières filières de la formation initiale et de l'apprentissage. 

Notre questionnement inlassable sur l'emploi (perdu, de passage, à retrouver, rêvé, fantasmé, rejeté, …) et sur le travail (déformant, formateur, transformant, informant, …) nous a conduit à tenter de refonder des approches plus larges, moins idéologiques et plus opérationnelles de ces deux termes et de leurs rapports. Mieux penser pour mieux agir, et mieux penser à partir de notre action si difficile… et si passionnante.

Sur cette route quelques schémas fondateurs nous ont aidé, car s'ils ne nous donnent pas de solutions miracles (macro) à nos problèmes (micro, voire méso), ils nous aident à ne plus ressasser les vieux dogmes et leur désespérante simplification. Et donc à continuer de chercher, de réfléchir et d'agir. Comme vous le dites à MCX, le chemin se fait en marchant.

La métaphore fondatrice du contenant et du contenu, ses schémas dérivés, nombreux (et retrouvés chez d'autres auteurs qui ne la connaissent pas !) sera présentée dans sa force éclairante à nos yeux, à savoir l'idée et la nécessité d'un concept double, d'un concept(couple qui convient bien à la spécificité de l'insertion par l'économique : nous sommes des entrepreneurs (et) solidaires, qui conjuguons l'économique et le social, nous avons des clients économiques et des "clients" sociaux, soit un métier technique et pédagogique à la fois, nous sommes des passerelles entre "l'exclusion" et "l'inclusion", nos bénévoles sont des patrons et des syndicalistes salariés !

C'est pourquoi nous en sommes venus à penser que le type d'emploi d'une personne et son statut peu valorisé voire dévalorisant (ex : un CES) ne doit plus cacher le travail de qualité que fait cette personne : certains fonctionnaires au statut plus enviable ou plus sécurisant, n'atteignent pas cette qualité. L'enjeu est ici de retrouver l'estime de soi, et sa force vitale. Nous présenterons 3 types de rapports entre le travail et l'emploi.

Bien sûr notre approche a aussi ses limites, mais cela sera autant de "prises" possibles pour les participants pour qu'elle puisse être questionnée, enrichie, transformée. Rebondir est le titre d'un journal très utile créé par un cadre au chômage et pour tous les chercheurs (demandeurs) d'emploi. Ce sera mon attente à cet atelier, avec une question sous-jacente : comment trouver de nouvelles articulations complexes entre travail et emploi, sans jouer au faux-semblant de l'activité ?

P.S. : Cette contribution sera la synthèse d'un texte d'une vingtaine de pages publié par le Conseil Régional de Poitou-Charentes dans les Cahiers du Carif, sous le titre "Cahier d'IRIS n° 1 : le travail et l'emploi".


Systémique et Pragmatique,

Convergences et Divergences

Per Sigurd AGRELL

Stig HOLMBERG

Session 17 M4

LA COMPLEXITÉ DE LA PRAGMATIQUE Dr P S Agrell, FOA 1, SE-17290 STOCKHOLM, Suède, e-mail psagr@sto.foa.se

Dr S Holmberg, Inst f Informatik, Mitthögskolan, SE-83125 ÖSTERSUND, Suède, e-mail shbg@ieee.org

INTRODUCTION Nous regardons la pragmatique comme une action avec un but. Elle est une action savante et efficace et, à la fois, simplificateur. Elle travail en temps réels dans un contexte actif. C'est une systémique appliquée. Notre pragmatique suit des règles mais surtout du réalisme. L'idée principale c'est que ca marche. Elle est rapide et bon marché. La pragmatique est célèbre, plus belle que la solution parfaite. Plus belle par ce qu'on n'essaie pas l'impossible, ni la perfection du savoir ni la perfection de l'action.

Pour mieux comprendre le problème de la recherche pragmatique, nous proposons le modèle des dimensions de la recherche par John Warfield (1990). Dans l’esprit de sa structure nous recueillons les dimensions suivantes.

# La complexité s'attribue aux phénomènes naturels, qu'on veut découvrir et expliquer sans trop de simplification, pendant que le compliqué s’attribue aux artefacts humains, qu’on peut vouloir simplifier. (Le Moigne 1995) Expliquer et comprendre appartiennent aux deux.

# Les finalités de toute action comptent, c’est reconnu. Il y a les finalités et des critères multiples et des différents niveaux de concrète.

# Le contexte c’est à la fois un substrat et un obstacle. Comme dimensions d’intérêt reconnu on se rappelle sa rigidité politico-culturel et ses préoccupations chaotiques sur le temps et l’espace.

Ceci sont des facteurs qui font différer la pragmatique par rapport à la recherche. La pragmatique est en plus relativement complexe, par ce que c’est interdisciplinaire. Il faut souvent mélanger le social, la technique et l’économie. C’est compliqué par ce qu’il s’agit des procédées humaines, qui ne sont pas assez simples. Les finalités sont autre que la vérité et le général de la recherche. Et le contexte est diffèrent, un autre jeu de pouvoir. LE PROBLÈME

Le défi actuel est le suivant.

# Pragmatique ou pas, en information et savoir, c'est difficile de défendre ce qu'on a fait.

# D'aller de l'étude a l’exécutif c'est également difficile, comme le montre la triste expérience de la recherche opérationnelle des années 60.

# La gestion des incertitudes est aussi difficile. On oublie facilement des facteurs d'importance, comme toute l'histoire de nos accidents nous le raconte. La dite "sensitivity analysis" n'est pas suffisante.

# Le travail pluridisciplinaire n'est pas seulement la superposition, non plus seulement la fécondation mutuelle entre disciplines, pour nous c'est aussi de la synergie des actes pragmatiques.

Mais cette synergie demande la mise ensemble des incompatibles. Les idées et l'analyse, la pensée et la concertation, comment peut-on les mettre ensemble ?

Maintenant, allons vers une model un peu paradoxal pour la pragmatique, un effort pour trouver des expressions scientifiques pour une activité non scientifique. Nous voulons repérer un petit nombre de concepts, les plus importants, ceux qui comptent le plus pour former une action pragmatique. LA COMPLEXITÉ

D'abord il y a une complexité sans métaphysique du tout. Il y a une relation technique entre les actions. C'est le "comment". Comment a-t-on fait pour arriver à un certain savoir ? Comment les données primaires ? Comment les premières synthèses, comment les calculs, les simulations ou les optimisations ont-elles se réalisées. 

Au dessus encore il y a les reconceptualisations, les ententes, l'art de faire bouger les décideurs etc. Ce sont les blocs d’information et de savoir; des blocs imbriqués comme des poupées Russes. On voit une échelle de complexité, ou hiérarchie, qui commence avec les simples données factuelles (les observations) et finit par des aspects culturelles. Il faudra aussi voir comment on colle ensemble ces éléments d'action, et qu'est-ce que il y a comme qualités à veiller.

Pour les observations et pour les différentes étapes de synthèse la pensée est radicalement différente, ou au moins devrait l’être. Sans en faire une grande théorie, Moisdon et al (1997) montrent cet variété. Un rare et très intéressante exemple! Ils montrent comment une logique de conformation (ou positiviste) des outils d'analyse s'imbriquent dans d'autres logiques, notamment: d'investigation des fonctionnements organisationnels, de changement d'organisation ou d'exploration du nouveau. C'est claire, que la même personne, dans un et même projet, peut bien changer son mode de pensée, sa propre épistémologie.

Cependant, partant de Moidon et al (1997) nous voulons faire de la théorie. Nous voulons en plus général voir une inclusion récurrente des épistémologies qui correspondent a l'utilisation successive (et réaliste) de l'information. Sans figer les niveaux de complexité en absolu, nous imaginons comme exemple la hiérarchie suivante:

Il faut ajouter ici, que "l'utilisation" n'est pas une relation rigide, et surtout il se ne programme pas beaucoup par ordinateur. L'utilisation c'est la sensation, l’appréciation et l'acceptation, une relation souple et variable. Savoir ressentir, savoir jouer les sensations, c'est cela qui colle le tout. C'est ca la pragmatique. Après toute étape on aperçoit ce qu'on a fait, on ressentit, et on agit en conséquence.

CONCLUSION

Avec cette structure hiérarchique simple on arrive a quelque chose. L'expérience concordante de l’École des Mines (Moisdon 1997) et FOA (Agrell 1992, Agrell & Holmberg 1998) indiquent qu'on peut parler de "Grounded Theory".

# Grâce au jeux des sensations on peut combiner des différentes méthodes.

# On ouvre des bonnes voies d'implémentation: choix réels, multiples et variés.

# On contre le lobbyism et les compromis superficiels, par les épistémologies claires, et on se prépare pour une débat critique, non seulement sur les modèles et les visions, mais aussi sur les démarches.

# On fait possible une gestion des incertitudes et des risques qui dépasse la simple "sensitivity analysis" par une synthèse de travail exploratif avec des modèles et des calculs.

# On transgresse l'interdisciplinarité de l'intrascientifique aux services plus directement utiles.

# On évite les megamodeles non maniables.

# On dépasse la méthodologie compliquée. Les quatre concepts action, volonté, épistémologie et sensation suffirent bien.

La pragmatique déplace la focalisation de nos efforts de réalisme. La focalisation n'est plus sur l'image réaliste. Elle est sur l'utilisation réaliste de l'information. Et c'est ca pour toutes les étapes du processus pragmatique. L'exemple le plus simple de ce principe c'est la gestion de l'incertitude. C'est comme toujours d'apprendre certains éléments, "résoudre les incertitudes", mais en plus et surtout c'est de ressentir ce qu'on sait et de cerner ce qu'on ne sait pas. Sur un fond de ces éléments on fabrique une décision robuste. Cela n’est peut être pas la pragmatique, mais c’est un pragmatique utile p .

 

Systémique et Pragmatique,

convergences et divergences

Evelyne ANDREEWSKY

Session 17 M4

PRAGMATIQUE ET "BRIQUES" DU LANGAGE

Evelyne ANDREEWSKY

"Quand l'idée, dont le germe a été produit par les résonances des sons arrive à la maturité avec le dernier son, la parole est déterminée. C'est l'incapacité de l'interlocuteur qui lui fait croire comme réellement existants les éléments verbaux intermédiaires – qui n'existent pas".

Le "Sphota" (Panini et commentateurs, Ve siècle av. J.C.)

Des "briques" de la physique (les particules élémentaires) à celles du langage (les significations lexicales)

On sait que la façon dont les physiciens se représentent la matière et le monde s'est métamorphosée avec les développements de la physique contemporaine. Les particules élémentaires, ces éléments premiers de matière, sont passées du statut de portions individualisées d'un matériau donné, en celui de pures configurations (cf. Schrödinger, 1990). La particule élémentaire cesse d'être une entité existant indépendamment, pour devenir un ensemble de relations qui rejoignent à l'extérieur les autres choses.

Ces considérations sur les éléments de la Physique peuvent-elles être transposées aux éléments du Langage, à savoir les significations des mots (ces "éléments verbaux intermédiaires qui n'existent pas réellement", si on en croit la citation en exergue – issue d'une réflexion datant de 25 siècles) usuellement considérées comme des briques des constructions du sens des énoncés ?

Toujours en physique, selon Niels Bohr (cf. Bitbol, 1997) les résultats expérimentaux n'ont pas un degré suffisant d'invariance par changement des séquences expérimentales, pour qu'on puisse les détacher du contexte expérimental de leur survenue et les traiter comme s'ils étaient autant de reflets d'une détermination que possèderait en propre l'objet de type corpusculaire.

On retrouve une situation tout à fait semblable dans le cadre des expériences psycholinguistiques, où les résultats expérimentaux des recherches sur le lexique mental (censé abriter les éléments de base des significations) sont loin d'être invariants par changement des séquences expérimentales. L'objet de type "mot" ne possède pas, en propre, de "signification" prédéterminée ; et les traits sémantiques (eux-mêmes constituants premiers des significations lexicales, selon diverses approches théoriques en vigueur) pas davantage. Des exemples simples montrent en effet que les relations entre les significations de deux occurrences différentes d'un même mot sont beaucoup plus complexes que ce que des approches en terme de "traits sémantiques" sont susceptibles d'expliquer. Wittgenstein (1953), sur l'exemple devenu classique du mot "jeu", montre que ce qu'il y a peut-être en commun entre toutes les occurrences de ce mot (jeu de mots, jeu d'échec, d'acteur, de jambes, de clefs, d'enfant, etc.) n'est rien d'autre qu'un réseau complexe de différents types de similarités, parfois de détail, parfois globales, qui se chevauchent et s'entrecroisent.

Comment alors, à chaque occurrence des mots dans les énoncés ou les textes, se constituent, se "cassent", et se reconstituent ces "briques", ces éléments premiers du langage : les significations lexicales ?

La pragmatique comme saupoudrage des "constructions sémantiques" ou comme matière première des significations lexicales ?

Dans le cadre de la métaphore traditionnelle de la compréhension (comprendre, c'est construire), un problème de poule et d'œuf se pose dès lors que, d'une part, on considère que la signification des phrases est fonction de celle des mots qu'elles contiennent, et que, de l'autre, celle de ces mots dépend des phrases où ils figurent… Pour tenter de gommer ce problème, on a usuellement recours à la pragmatique qui saupoudre les constructions de la métaphore (et leurs briques prédéfinies : les significations littérales des mots), pour "ravaler" ces constructions, et les rendre plus présentables. La pragmatique joue ainsi un rôle secondaire : à consommer avec modération, juste ce qu'il faut pour camoufler les défauts éventuels des constructions théoriques.

Mais ne convient-il pas plutôt de renverser les rôles (et les métaphores), pour que la pragmatique, ainsi considérée comme une petite retouche finale de la signification des phrases ou énoncés, en vienne tout au contraire à jouer un rôle essentiel, celui du point de départ, de matière première de la détermination de la signification des mots, à chacune des occurrences de ces mots dans ces énoncés ?

Un certain nombre de phénomènes, notamment en lecture (présentation subliminaire, lecture rapide, alexies, etc. – qui seront évoqués brièvement), sont très en faveur de cette option. Il s'agit en effet de phénomènes négligés, que la métaphore traditionnelle ne peut que pourvoir d'explications "ad hoc". Ces phénomènes – et bien d'autres (cf. Winograd & Flores, 1986) – invitent à penser la compréhension du langage, et notamment celle des mots, à l'aide de métaphores qui suggèrent à la fois des phénomènes d'émergence (comme par exemple comprendre, c'est sculpter, cf. Andreewsky, 1986), et un terreau fertile, la pragmatique p .

Références

ANDREWSKY E., 1986, "Quelques questions inhérentes à la compréhension du langage", in Intelligence des mécanismes, mécanismes de l'intelligence, J.-L. Le Moigne (ed.), Fayard, Paris.

BITBOL M., 1997, "En quoi consiste la "révolution quantique" ?", Revue Internationale de Systémique, vol. 11, n° 2, 215-239.

SCHRODINGER E., 1990, L'esprit et la matière, Paris, Seuil.

SHANON B., 1993, The Representational and the Presentational, An Essay on Cognition and the Study of Mind, Harvester Wheatsheaf, Herdfordshire.

WITTGENSTEIN L., 1953, Philosophical Investigations, Oxford, Blackwell.

WINOGRAD T. & FLORES F., 1986, Understanding Computers and Cognition, Nordwood, Ablex.


 

Prospective et Pragmatique II

Jacques ARCADE

Session 18 AM6

Conjuguer rigueur et pragmatisme

en prospective stratégique

Arcade Jacques

Directeur, Proactivité Conseil

1, rue de Turbigo, 75001, Paris

tel : (33) 01 42 21 38 88

fax : (33) 01 42 33 56 45

mail : arcadpc@club-internet.fr

Notre propos résulte d’un essai de confrontation entre les leçons d’une expertise méthodologique diversifiée et les préoccupations issues d’expériences concrètes en matière de prospective stratégique, aussi bien en entreprise, qu’au niveau de pays sous l’égide des Nations Unies.

Il tente de contribuer, par le biais de propositions et de recommandations à caractère plutôt conceptuel et instrumental, à conférer vigueur et vitalité aux démarches de prospective stratégique.

Les sous-jacents d’une telle invitation à revigorer ces processus sont triples :

Le principe adopté pour ce faire consiste à proposer quelques apports visant à compléter le corpus de méthodes et outils rigoureux dont on dispose à ce jour, tout en s’efforçant de le conjuguer, de manière synergique, avec des approches plus heuristiques, incorporant pragmatisme et apprentissage collectif.

Si ces propositions et recommandations suggèrent parfois une valorisation différente de talents et de compétences impliquant accès à la complexité et tolérance à l’ambiguïté, celles-ci nous semblent toutefois participer d’un souci légitime de faire en sorte que la décision et l’action stratégiques bénéficient davantage des indéniables apports de la prospective exploratoire.

Ces propositions et recommandations (bien évidemment perfectibles et non-exhaustives) s’articulent autour de cinq axes.

Il convient notamment de se poser d’emblée des questions sur les ruptures possibles ; de veiller à ce que les aspirations des acteurs-cibles ne surdéterminent les résultats de la démarche ; d’articuler la base d’information autour du concept fédérateur d’exigences.

Il s’agit de s’imposer une procédure de tri en cascade fondée sur les critères d’importance, de maîtrise et d’incertitude, qui garantisse la pertinence de la démarche et des résultats, aussi bien en termes. d’exploration prospective, que de vision à long terme et d’orientations stratégiques.

Il apparaît déterminant de réserver un traitement particulier aux enjeux et aux défis majeurs, notamment à travers :

Le recours à l’analyse morphologique mérite, enfin, d’être systématisé pour élaborer aussi bien les scénarios que les profils d’options stratégiques.

Il s’agit de mieux distinguer Vision et Stratégie à travers le degré de proactivité qu’elles incorporent.

Il importe également de s’efforcer de favoriser d’autres points d’entrées pragmatiques car, il existe toujours, au moment même où se construisent les scénarios :

Il faut, en outre, adapter la démarche retenue au type d’environnement qui prévaut, selon que celui-ci se révèle comme étant continu, discontinu, ou bien totalement impondérable. Dans un tel contexte, il semble, impératif de se doter de dispositifs de confrontation et d’enrichissement mutuel des résultats aux différents stades du processus ; ce qui nécessite à la fois un nouvel état d’esprit et des outils ad hoc pour opérer, chemin faisant et à bon escient, les ajustements qui s’imposent.

Il s’agit de mieux prendre en considération les principales structures directement impliquées dans la prospective stratégique. Par ailleurs, il convient d’éviter une discontinuité de la démarche au niveau de son ancrage institutionnel :

- en préservant la logique propre et les prérogatives des structures, parties prenantes de la démarche ; - en optant pour une démarche de prospective stratégique, certes recentrée sur ses fonctions essentielles, mais aussi renforcée. p .

Pragmatique, Droit, Société et Travail Social

André-Jean ARNAUD

Session 17 AM2

DE LA COMPLEXITE DU DROIT DES MARCHES FINANCIERS
EN CONTEXTE GLOBALISE

André-Jean Arnaud, Directeur de Recherche au CNRS,
Centre deThéorie du droit (Paris X – Nanterre)
Directeur du Réseau Européen Droit et Société (MSH, Paris),
Directeur du Programa Interdisciplinar Direito e Globalização (UERJ, Rio de Janeiro),
Maison des Sciences de l’Homme, Bureau 111,
54 Boulevard Raspail, 75270 PARIS Cedex 6
Tél. +33-(0)4 68 78 13 15 – Fax +33-(0)4 68 78 23 04 – Mail aja@msh-paris.fr La régulation des marchés financiers ne répond plus ni à une logique unique, ni à un droit "simple". Les acteurs et les outils traditionnels en matière de régulation tendent à s'effacer au détriment d'autres acteurs et d'autres outils qui, parfois, s’imposent à leur place. L’État devient un acteur marginalisé face aux flux financiers transnationaux. D'autres acteurs tels que les Autorités Administratives Indépendantes et les organismes professionnels participent activement à l'élaboration de normes juridiques qui, souvent, se superposent aux normes juridiques étatiques – voire les remplacent. Cette multiplicité des acteurs s'accompagne d'une pluralité des logiques, d’où ressort une propension au pragmatisme et à l’efficience. L'État se trouve lui-même engagé dans une telle logique de l'efficience et de la concurrence; paradoxalement, il parvient à restaurer sa souveraineté à travers le marché. Le mode de production du droit financier et son implémentation révèlent toutefois une structure complexe inachevée.

The regulation of financial markets no longer corresponds to one unique nor "simple" logic. The traditional players and tools in this matter are loosing ground at such extend that they are sometimes substituted by other players and tools. Faced with transnational financial flow, the State is a fringe player when other players such as Independent Administrative Authorities and professional organisations are more and more involved in the elaboration of legal rules which entangle with State regulation – and even sometimes replace it. The number of players goes alongside several levels of rationality, among which pragmatism and efficiency are increasing. Moreover the State finds itself using a logic consisting of efficiency and competition; paradoxically, State restores its sovereignty throughout the market. The way of producing and implementing financial law reveals a complex although unfinished structure. p

Usagers, Sujets et Représentation dans la Conception I

Jacques ARTIGUES

Nathalie LEBTAHI

Session 17 M3

Du processus du projet au processus de conception

J. Artigues et N. Lebtahi - Ecole d'Architecture Languedoc-Roussillon -

Equipe de Recherche sur les Sciences de la Conception - 53 rue du Faubourg

St Jaumes esc. G - 34 000 MONTPELLIER

Tel & Fax : 04 99 61 13 92- email : jacques.artigues@wanadoo.fr

"L'action intelligente", ce que l'on a décidé de faire, ne prend corps que formulée de façon acceptable par rapport à une finalité plus ou moins explicitée au préalable. Le projet d'architecture, pris ici comme expérimentation particulière de la notion de projet, résulte d'un processus d'actions qui ne peut se réaliser qu'après avoir été initialisé par un choix d'ordre conceptuel, établissant l'architecture comme élément médiateur entre un corpus d'idées et une fonction sociale à accomplir.

L'objet, qui concrétise le projet, émerge au sein d'un processus qui à la fois le détermine et l'utilise pour s'accomplir lui-même (J. Artigues et N. Lebtahi : MCX, Poitiers, juin 97)

Le caractère innovant d'un objet s'apprécie par rapport à un système de référence implicite qui permettra de juger, avec plus ou moins de pertinence, des effets que cet objet exercera sur le contexte dans lequel il doit s'intégrer. Les raisons qui ont initialisé un projet singulier dans un processus plus global touchent de très près le caractère plus ou moins innovant, ou surprenant, de l'objet à concevoir, mais n'affectent pas profondément la nature théorique du processus de conception. Il s'agira toujours de concevoir un objet auquel on aura assigné un rôle dans un contexte opérationnel défini, ce qui détermine à la fois la nature et les limites du contexte conceptuel de cet objet, au sein desquelles s'exercera le "talent du concepteur".

Par habitude, nous avons tendance à confondre la notion de projet avec la réponse visible au processus qui a induit son émergence. Cependant, la nature des processus de conception et la nature des processus de production d'objets sont probablement différentes, et le processus de conception est d'autant plus occulté au bénéfice de la notion tout aussi imprécise de "création", que l'objet produit revêt un caractère spectaculaire. Quel coup de projecteur sur cette complexité isolera pour un temps, et nous évitera de confondre, ce que nous pourrions appeler le processus du projet qui serait de l'ordre de l'action, avec le processus de conception qui serait de l'ordre de la pensée pour l'action ?

Dans le contexte que nous prenons pour exemple, celui de l'architecture, il y a certainement conception et concepteurs imbriqués sur l'ensemble du processus du projet, et sur chacun de ses temps. Le domaine du processus de conception ne se superpose certainement pas à celui d'un concepteur particulier et nous n'avons n'a pas à l'attribuer à l'architecte, pas plus que celui-ci n'a à s'attribuer, le monopole de la conception. Le concepteur, situé dans le processus du projet, est la condition nécessaire pour que la conception s'exerce ; les concepteurs, dans leur ensemble, sont la condition nécessaire pour que le processus du projet se réalise. Pour chacun des concepteurs, il y a création d'un "point de vue" sur l'organisation des processus, donnant à chacun d'eux la vision particulière qui constituera le cadre de son action. Le processus du projet apparaît au concepteur comme l'enchaînement des actions entreprises pour répondre à une finalité justifiant son action, et le processus de conception comme ayant eu pour objet de concevoir une telle finalité susceptible d'induire un tel processus d'actions. A lui de reproduire ces processus au sein du cadre qui lui a été défini, pour former le temps suivant du processus du projet.

Il nous semble indispensable de subordonner les productions d'objets aux finalités qui induisent ces productions. Attribuer au processus de conception le domaine des finalités, et au processus de projet le domaine des objets produits, donne un point de vue particulier sur l'organisation même du processus de conception. Si le processus du projet s'exprime par un enchaînement linéaire de productions d'objets, le processus de conception, dans sa formulation implicite des finalités, semble au contraire suivre un itinéraire à la fois inclusif et récursif. Inclusif parce qu'une finalité particulière trouve ses conditions d'émergence et d'exercice à partir d'un objet produit par une finalité d'un ordre plus général, pour devenir elle même finalité générale et créer le contexte d'élaboration d'autres finalités particuliers.

Et récursif parce qu'il n'y a pas d'autres raisons pour limiter ce processus que l'étroitesse de vue d'un concepteur situé sur un point quelconque du processus du projet. Les finalités qui jalonnent et actionnent les processus de conception apparaissent également sous forme d'un enchaînement linéaire dans le temps, car bien qu'elles soient élaborées de façon plus complexe et hors de contraintes d'ordre chronologique, chacune d'elles est directement associée à la production d'un objet particulier pour former un temps particulier du processus de projet. Sans présumer de notre capacité à exprimer les finalités qui le sous-tendent, ce processus intellectuel se présente selon une structure analogue à celle du processus du projet, donnant une image du processus de conception sans toutefois rendre compte de sa nature. Par analogie avec le processus du projet, il s'agit d'un "processus conceptuel" qui donne tout au plus une certaine image temporelle de l'organisation des actions de conception, et ne doit pas être confondu avec le processus de conception lui-même.

L'observation des rapports entre ces trois processus, le processus du projet, le processus de conception et le processus conceptuel, peut rendre compte de certaines conditions à leurs limites : lorsque par habitude nous associons étroitement une forme particulière de finalité à une forme particulière d'objet (enseignement -> collège par exemple), dans un schéma linéaire d'actions de conception et de production (collège -> programme) -> (programme -> "bâtiment modèle"), nous reproduisons un modèle d'organisation connu, et construisons un objet "qui a fait ses preuves" (curieusement appelé également "modèle"), et censé répondre aux idées qui ont initialisé la séquence d'actions qui l'a produit. Le processus conceptuel et le processus de projet sont ici confondus, les processus de conception ont disparu, et l'objet produit n'est qu'un système fermé dont l'intégration dans un contexte par nature évolutif n'est pas garantie.

D'autres expériences qui ont laissé au contraire trop de champ libre au processus de conception n'ont pas donné de meilleures réponses : le "do it yourself" a conduit à des "Kits" inutilisés, faute d'avoir défini, au minimum et au préalable, le pourquoi de leur nécessité. Système trop ouvert dans un contexte relativement fermé.

Plutôt que de rechercher la juste mesure, il est sans doute plus facile de prendre pour modèle des processus établis, que d'imaginer des finalités déterminantes pour les faire évoluer vers une situation dite, de façon subjective, plus satisfaisante "_voulons-nous concevoir d'autres fins, inventer ingénieusement d'autres actions ? Trouverons-nous alors quelque science qui nous aide à prendre conscience de ces possibles, à moins qu'elle ne nous contraigne à assumer consciemment telle unique nécessité ou telle unique finalité ? " JLM lettre MCX 34 _ Ou encore : comment prendre conscience des contraintes qui nous astreignent à assumer telle unique finalités?

Du point de vue du concepteur, il y a des objets qui existent et d'autres qui n'existent pas encore ; la condition matérielle des premiers fait qu'ils constituent un substrat limité d'objets préexistants pour un processus de conception qui aura pour effet d'en réorganiser certains en un "nouvel objet". A l'inverse, le domaine des finalités susceptibles d'initialiser l'émergence de nouveaux objets échappe à un tel matérialisme qui en définirait a priori les limites, et constitue un champ infini pour le concepteur. Bien qu'une réflexion sur l'expérience qui suit (vue à la télé au hasard d'un zapping) nous amène à poser la question de son libre arbitre : Dans un premier temps, on demande à un ordinateur de constituer une population de boules blanches et de boules vertes intimement mélangées de façon aléatoire. Ensuite on invente une "fourmi-robot" qui est programmée pour une action simple et facile à accomplir : " Tu ramasses une boule et tu la poses à côté d'une boule de la même couleur" ; plusieurs de ces individus sont alors disposés sur le terrain et une fois le coup d'envoi donné il s'ensuit une grande agitation qui conduit toujours à la construction d'un tas de boules blanches et d'un tas de boules vertes.

Tout se passe comme si les foumis-robots avaient eu pour "projet" d'arriver à un tel résultat.

Chacun de nous, (concepteur-robot ?), transporte probablement son "pattern" d'informations, culturel, acquis, inné et l'additionne parfois à celui des autres pour une meilleure action conjointe. Mais, bien entendu, l'agitation qui en résulte n'a rien à voir avec celle d'une fourmilière p .

Confiance, Accompagnement, Cognition collective,

Retour sur expérience

Marie-José AVENIER

Session 18 M2

 

Co-production de connaissances "actionnables" :
L'expérience du Grand Atelier MCX 1

Marie-José. Avenier
DR CNRS à Euristik (ESA 5055)
Centre de recherche de l'IAE de Lyon 3
fax : 04-72-72-45-50  /  avenier@univ-lyon3.fr


	La session 18M.2 est consacrée à l'expérience "Grand Atelier MCX 1", qui s'est tenu en novembre 98 au Futuroscope. Son but est double : informer, et réfléchir sur cette expérience qui a impliqué une cinquantaine de membres du Programme MCX.
	Le retour d'expérience portera a priori sur deux niveaux :
1. le déroulement (original et probablement innovant) de ce Grand Atelier,
2. les connaissances qui ont été mises en interaction au cours de cette rencontre.
Comme base de départ pour notre réflexion sur cette expérience, nous disposerons des témoignages de trois participants de champs d'expérience très différents, qui, au retour de Poitiers, nous ont spontanément communiqué leurs impressions (cf. leurs contributions respectives dans le présent Dossier) :
l
 A Colas, Chargé de mission Facteurs Humains au sein du Pole Industrie d'EDF,
l
 M. Legrand, Psychologue dans une unité de soins palliatifs, Hôpital Sainte Périne, Paris,
l
 A.C Martinet, Professeur en Sciences de gestion, IAE de Lyon 3.

Le texte ci-après présente brièvement l'expérience "Grand Atelier MCX 1" : organisation, thème, projet et déroulement.
      	
	Organisation
Le Grand Atelier MCX 1 a été organisé par l'Atelier 1 du Programme MCX avec le concours de quelques autres Ateliers du Programme et avec le soutien de l'Institut du Management d'EDF et de GDF, de l'Institut International de Prospective du Futuroscope, et de plusieurs cabinets de conseil en organisation (Algoé Consultants, INSEP Consulting, La Société Internationale des Conseillers de Synthèse, et Transformance).

	Thème
Ce Grand Atelier était intitulé : "L'intervention délibérée en situation complexe : quelles connaissances 'actionnables' ?", où le néologisme 'connaissance actionnable' emprunté à C. Argyris et D. Schön, peut être traduit par "repères pour l'action".
"Intervention délibérée" signifie "action intentionnelle qui a été réfléchie et discutée par divers acteurs concernés par cette action".
Par définition de l'expression "situation complexe", une "intervention délibérée en situation complexe" ne produit pas forcément l'effet recherché : elle peut avoir des conséquences non intentionnelles dont certaines peuvent être complètement inattendues.
Des actions visant à lutter contre la toxicomanie ou contre le chômage, ou à réduire de façon importante des délais de livraison, ou à réorganiser les services d'une entreprise apparaissent généralement comme des interventions délibérées en situation complexe.



 

Le champ est donc a priori très large. Afin de favoriser les échanges entre participants, il a paru opportun de restreindre ce champ et de focaliser les travaux de ce Grand Atelier sur trois problématiques (d'intervention délibérée en situation complexe) présentes dans quasiment tous les domaines d'activités qui reposent sur des interactions avec des êtres humains :

Pragmatique de l'organisation I

Bernard BALCET

Session 17 M1

 

 

 

Du bon usage de l'étonnement dans la conception et l'accompagnement d'un changement délibéré.

BALCET Bernard

Consultant Indépendant en Organisation et Management

52, rue des Aulnes - 92330 SCEAUX - 01 46 61 27 27 (tél/fax) - BBalcet@aol.com (e-mail)

Constat

A notre époque, comme probablement aux précédentes, le fonctionnement de l'esprit est conditionné de façon plus ou moins insidieuse ou profonde. Par une véritable emprise mentale, des procédés de formalisation de la pensée font autorité sans qu'il y ait de critique sur les hypothèses de départ, sur les méthodes employées ni sur l'interprétation des résultats.

On passe son temps à clarifier, à parler de cohérence, de cohésion et de consensus sans remettre en cause les raisonnements qui tiennent lieu de réalité. Les chiffres sont censés rendre irréfutables les décisions prises. Il est vrai que les certitudes et les clarifications rassurent a priori. Elles s'expriment bien dans le langage : "soyons concrets, procédons par ordre, soyons clairs" et dans les slogans : "adhésion du personnel, engagement de la direction, satisfaction du client".

Pierre Calame disait au précédent atelier que les questions posées sont toujours constantes. Est-il bien vrai que l'on est en train de passer du tactique au stratégique, de la fonction au processus ? En tous cas, il y a matière à discussion et à débat.

La capacité d'étonnement : de quoi s'agit-il ?

S'étonner, c'est déjà avoir remarqué une différence ou une similitude entre des faits, des comportements, des résultats. Ne dit-on pas que l'intelligence consiste à trouver identiques des choses différentes, et différentes des choses identiques ?

Ce n'est pas la même chose que l'esprit critique et encore moins l'esprit de critique. Il s'agit plutôt du résultat d'une attitude de candide ou de naîf qui interroge le réel sans être conscient d'une solution.

On peut s'étonner "après" (améliorations) ou on peut s'étonner "avant" (signes avant coureurs, prévention) et ainsi donner à penser, car rien ne va plus vite que la pensée.

A quoi ça sert ? : le processus de changement, l'approche

L'étonnement est le premier pas vers la remise en cause. Il réclame calmement des explications, il sollicite les personnes qui sont censées savoir. Il pousse à la relation.

Cette mise en mouvement élémentaire aide à l'appropriation et à la maîtrise de l'incertitude soit par l'obtention de réponses, soit en permettant de vivre avec des paradoxes. Docile ou opposant, le paradoxe permet de ne pas rester bloqué. Il s'agit toujours d'élargir le champ, d'augmenter la variété, ce qui mène à la négociation et à de meilleures décisions.

L'approche conduit à une démarche implicante, partant du terrain et globale. Un schéma et des exemples montrent comment on passe d'un étonnement au changement, c'est-à-dire du très concret au global en impliquant ainsi les personnes concernées.

Comment on s'en sert ? : la méthode

Il faut d'abord des généralistes car les spécialistes ne s'étonnent pas. La capacité d'étonnement sert dans l'analyse des situations de travail et l'observation du travail réel. Elle conditionne la bonne utilisation des paramètres d'entrée et la clarté du classement des caractéristiques conduisant aux pistes d'action. Même si parfois, l'observation est perçue comme une évaluation, la curiosité et l'étonnement ouvrent des portes.

Au delà des nouvelles technologies, Dominique Wolton nous dit "qu'il vient toujours un moment où il faut éteindre les machines et commencer à se parler". Il y a, en effet, un fort besoin de communiquer, mais a-t-on quelque chose à se dire ? Jean-Luc Godard dit bien "qu'aujourd'hui, on cherche plus à interpréter qu'à regarder".

Comment on l'acquiert ? : le requis

Il s'agit d'une école de la curiosité. L'information et la formation doivent être menées en fonction du développement de la curiosité. Celle-ci génère des connaissances et facilite les exercices mentaux de déduction, d'induction et d'abduction.

Par l'exercice du cerveau droit, celui de la créativité, on arrive à différencier les qualités requises pour diriger de celle requises pour gérer. Comme le dit Peter Drucker, "gérer, c'est faire les choses comme il faut ; diriger, c'est faire ce qu'il faut". Diriger est difficile et la vision se détourne souvent sur la gestion, alors qu'il faudrait surveiller par exemple l'évolution des goûts chez les consommateurs.

Il s'agit donc d'adopter une posture mentale particulière où la vigilance intellectuelle et le diagnostic permanent sont à l'oeuvre. On peut être sur le terrain et ne voir que ce qui relève de sa propre spécialité, alors que les idées sont en germe, qu'il faut savoir dire "je ne sais pas", se poser des questions, poser de bonnes questions, proposer des pistes de solution, solliciter les intelligences.

Résultats

La capacité d'étonnement est puissante parce qu'elle développe l'intelligence et apporte une légitimité de la base au sommet à travers la connaissance fine des difficultés réelles.

Le problème n'est pas d'accumuler des connaissances mais de les rendre efficaces.en se démarquant à la fois du praticien et de l'expert.

L'étonnement vient d'éléments décelés dans la réalité du fonctionnement. Il permet d'animer des démarches de changement. Il fait faire des économies par l'exploitation d'un champ nouveau d'informations.

La philosophie

La capacité d'étonnement permet d'anticiper la maîtrise d'ouvrage, de dépasser les situations de blocage, d'améliorer le relationnel. Elle met à l'épreuve le besoin qu'a tout individu de se tester dans le travail sous le regard des autres.

La curiosité, alliée à la transversalité, permet l'étonnement et favorise les interactions. On va de la perception des objets à la perception des relations dans un champ d'exploration et d'action élargip .

Pragmatique, Science et Technologie,

les Défaillances Epistémiques

Jean-Pierre BERLAN

 

Session 17 AM4

 

 

Pourquoi la complexité? Le cas de la génétique agricole depuis ses débuts au 19ème siècle jusqu’aux Organismes Génétiquement Manipulés

Berlan Jean-Pierre,

Directeur de recherche,

INRA/CTESI, 9 place Vialla, 34060 Montpellier,

tel/fax 04 42 28 89 53, mel. Jpe.berlan@wanadoo.fr

Le monde qui nous entoure est-il ontologiquement complexe ou bien cette complexité est-elle souvent un artefact qui s’explique par la nécessité d’en dissimuler les enjeux politiques et économiques? Je vais aborder cette question en étudiant le cas des OGM qui font l’objet d’un débat contradictoire. En les replaçant dans un cadre historique, nous verrons que cette soit-disant révolution des " sciences de la vie " renouvelle une vieille mystification destinée à occulter l’enjeu véritable de l’économie politique de la génétique agricole.

Personne ne contestera que l’on ne peut vendre à quiconque ce qu'il produit ou dont il dispose déjà à satiété. Appliquons ce principe économique aux " semences ", qu’elles soient traditionnelles ou ogémisées.

Un "semencier" ne peut vendre de "semences" tant que le grain que récolte le paysan est aussi la semence de l’année suivante. Pour les lui vendre, il doit donc l'empêcher par un moyen quelconque de semer le grain récolté. La condition sine qua non de l'existence d'une industrie des "semences" est, soit de prendre des mesures légales d'interdiction, soit d'empêcher biologiquement les plantes (ou les animaux) de se re-produire et se multiplier dans le champ du paysan.

Pour des raisons politiques évidentes (force de la paysannerie, faiblesse des maisons de sélection, caractère sacré du vivant), l’interdiction légale a longtemps été exclue. Il ne restait donc que des méthodes biologiques. Mais là encore, la condition du succès était d’occulter l’objectif: le révéler, c'était le rendre inaccessible.

Au début du 19ème siècle, les gentilhommes-agriculteurs anglais constatent que les plantes de blé ou d’orge conservent leurs caractéristiques d’une génération à la suivante. Pour accroître la rentabilité de leurs domaines, ils cherchent à isoler la meilleure plante du mélange qui pousse dans leurs champs pour semer ce modèle unique supérieur qu’ils peuvent multiplier à volonté. Cette technique est encore la base de l’amélioration des plantes. Mais vers 1860, la " sélection continue " selon laquelle les plantes " se détériorent " dans le champ du paysan remplace la méthode de l’isolement. La meilleure science de l’époque, le darwinisme, vient légitimer la nouvelle pratique. C’est que les gentilhommes-agriculteurs sont devenus des sélectionneurs professionnels qui n’ont que faire de variétés qui se re-produisent dans le champ de l’agriculteur. Ainsi la " sélection continue ", incapable d'apporter la moindre amélioration à l’agriculteur mais profitable pour le sélectionneur, remplace-t-elle une technique utile pour l’agriculteur mais sans profit pour le sélectionneur, celle de l’isolement.

Au 20ème siècle, la sélection des plantes et des animaux est dominée par la technique dite des " hybrides " appliquée maintenant à 23 espèces alimentaires pour ne rien dire des volailles et des porcs. Cette technique, découverte en 1908 aux Etats-Unis par G. Shull et développée à partir de 1922 par la recherche publique a pour vertu, écrit son inventeur que " le seul recours de l’agriculteur est de retourner chez l’hybrideur où il s’est produré les semences l’année précédente. "

La caractéristique des " hybrides " n’est donc pas d’accroître le rendement comme on le proclame, mais de diminuer celui de la génération suivante comme on le tait, c’est-à-dire de faire des plantes économiquement stériles. Les " résultats splendides " que donnent ces " hybrides " n’ont rien à voir avec le fait d’être hybride, avec l’hybridité, mais relèvent d’un travail de sélection.

L’amélioration que l’on peut espérer par une telle méthode de fixation artificielle du maïs étant quasi-nulle, en 1914 Shull la légitime par l’existence d’un phénomène mystérieux, l’hétérosis, si complexe qu’il est toujours inexpliqué et inexplicable, comme l’ont déploré de nombreux participants au Symposium Mondial organisé par le CIMMYT à Mexico en août 1997 sur " l’hétérosis (traduire: la stérilité) dans les cultures ". Ce symposium était parrainé, faut-il le dire, par le gratin du complexe génético-industriel. Mais personne n’a posé la question iconoclaste: et si ce phénomène était tout simplement un nouveau yéti biologique?

En cette fin du 20ème siècle, les " sélectionneurs " - une poignées de transnationales venues de l’agro-chimie - se sentent assez fortes pour ne pas avoir besion d’un rideau de fumée scientifique pour se débarrasser de la propriété malheureuse des êtres vivants, se re-produire et se multiplier. Terminator, une nécrotechnologie dont il existe déjà une trentaine d’avatars, leur permet de rendre le grain récolté biologiquement (et non plus économiquement comme dans le cas des " hybrides "), stérile. Cela nous vaut aussi le droit de brevet, c’est-à-dire tout simplement un Terminator légal au nom duquel Monsanto traîne devant les tribunaux américains les agriculteurs qui sèment le grain " Biotech " (ogémisé) qu’ils ont récolté. L’avantage du Terminator légal sur le Terminator biologique est que le contribuable (c’est-à-dire chacun de nous) paye les coûts de sa propre expropriation.

Ces transnationales pensent que la légitimation économique suffira. Elles organisent leur propagande autour du slogan " Les OGM permettront de nourrir la planète en protégeant l’environnement " et structurent le débat autour des risques et bénéfices des nouvelles technologies.

Seuls les crédules, y compris et surtout parmi les scientifiques, peuvent s’imaginer que des plantes biologiquement ou juridiquement stériles nourriront la planète en protégeant l’environnement p .

Pragmatique de la Communication, Média et Complexité

Evelyne BIAUSSER

Session 17 AM5

 

 

COMPLEXITE DANS LES MEDIA : UNE LECTURE D’EDGAR MORIN

" Décodage de la presse quotidienne régionale "

Evelyne BIAUSSER, journaliste et consultante

418 avenue Frédéric Mistral-83190 OLLIOULES

04 94 92 18 67- Evelyne.Biausser@wanadoo.fr Le seul véritable savoir que je possède, c’est celui que m’a donné mon vécu, le tamis de l’expérience, la pragmatiké.

Les savoirs théoriques ne m’ont prêté que quelques outils, un temps utiles à anticiper les problèmes de la réalité, désormais efficaces pour rendre intelligible mon vécu.

C’est le cas d’un ouvrage d’Edgar MORIN : " Les commandements de la complexité ", où il adopte 13 principes producteurs d’intelligibilité complexe, dont quelques-uns m’ont paru une grille de lecture intéressante de la complexité dans la production des media de presse écrite, surtout au vu de ma position, qui n’est pas celle d’un chercheur, mais d’une journaliste, c’est-à-dire dans le cadre d’une réflexion épistémologique sur ma pratique de ce métier.

Il existe un certain nombre de " lois " prioritaires, que l’on nous enseigne à suivre dans ce travail de journaliste, et qui, si on les combine à certains " commandements " moriniens, décrivent une intelligibilité supérieure, une production de sens accrue, réconciliant l’ambiguïté des interactions entre ce travail " simplifiant " la réalité pour le lecteur et son environnement résolument complexe.

Ainsi, les " lois de proximité " (en gros écrire au plus près du lecteur) que l’on peut rapprocher du commandement de singularité, entrent comme lui en antagonisme avec l’universalité événementielle. Ou encore comment réconcilier le global et le local ?

L’irréversibilité du temps, la double flèche du temps complexe entrent, elles, en résonance avec la polytemporalité du media, essentiellement constituée par le prévisionnel/ l’urgence/ l’imprévu en une rétroaction organisante/désorganisante, toujours en bordure du chaos !

La systémicité, qui rend les interactions entre les éléments plus importantes que les éléments eux-mêmes, est une composante de base d’un media. Un journal est par essence systémique : les événements et les opinions, éparpillés en eux-mêmes, trouvent une cohérence dans leur reliance au sein du media.

Le tétragramme ordre-désordre-interactions-organisation s’illustre parfaitement dans le " chemin de fer ", cet outil par lequel on construit le projet du journal. On prévoit visuellement un plan, puis l’actualité y sème le désordre…Entrent en scène des interactions imprévues entre les parties modifiées et le tout, et une nouvelle organisation apparaît.

La récursion organisationnelle, image de l’hologramme où les interactions entre les parties rétroagissent sur la production des parties, s’illustre bien par la " charte graphique ", qui donne son style au média. La charte graphique rétroagit sur les parties en leur affectant du sens, les liens entre le tout et les parties donne un autre niveau d’information, et à chaque boucle partie-tout se rajoute du sens élargissant la boucle.

Dans le problème de la position de l’objet par rapport à son environnement est contenu toute la fausse question de l’objectivité de la presse. Le journaliste transmet sa modélisation de la réalité, avec tous les filtres qui l’ont constitué, lui.

Enfin, dans la conception d’un media, on alterne l’appel à la logique et sa transgression par la pensée associative, en une permanente dialogique de la contradiction…Qui sera dépassée par la relecture du Secrétaire de rédaction, dont la fonction est de " relire en reliant "p .

Sur l'Enseignement des Sciences de l'Ingénierie

Philippe BOUDON

Session 18 M3

 

"Projet à la manière de" et compétences du "voir comme".

Boudon Philippe
Professeur d'architecturologie
Directeur du LAREA - UMR CNRS "Louest" - EAN Nancy
28 rue Barbet de Jouy, 75007, Paris, tél 01 45 50 34 10, fax 01 45 51 44 22,
email philippe.boudon@wanadoo.fr

L'enseignement de l'architecture est souvent installé, tant dans les représentations que l'on s'en fait que dans la diversité des pratiques pédagogiques auquel il donne lieu, en une situation intermédiaire entre les deux pôles d'un enseignement artistique et d'un enseignement technique.
Cette distinction correspond à une représentation des compétences de l'architecte elle-même partagée entre celles de l'ingénieur et celles de l'artiste. Cet enseignement donne lieu à des pédagogies en conséquence éminemment variées, ainsi qu'on peut l'imaginer. On voudrait ici proposer une hypothèse concernant la nature de la compétence artistique de l'architecte.
Parmi les pédagogies de l'enseignement de l'architecture, la pédagogie du "projet à la manière de", dont on donnera quelques exemples, vise en effet des objectifs qui pourraient être compris à partir des jeux de langages du mot "voir" tel que les entend Wittgenstein et notamment du "voir comme". 
Celui-ci peut constituer à nos yeux une hypothèse de représentation de la part qu'on dira ici artistique de la compétence nécessaire à l'architecte en matière de conception architecturale. On tentera de montrer comment le projet "à la manière de"  illustre - ... d'une certaine manière... -  une variation de "voir comme". On montrera aussi comment, si le "voir comme" peut constituer une hypothèse importante sur la conception mettant en œuvre le concept de multi-objet (Y. Barel), il devrait plutôt être défini comme un
"concevoir comme".
Le "voir comme" de Wittgenstein peut ainsi constituer une hypothèse relative aux compétences de l'architecte qui se situent du côté du pôle artistique. Il va de soi qu'"artistique" ne recouvre pas de sous-entendu esthétique, mais une modélisation de la conception parmi d'autres p
.






















Usagers, Sujets et Représentation dans la Conception I

Philippe BOUDON

Session 17 M3


L'échelle, entre nominalisme et pragmati(ci)sme.

Boudon Philippe
Professeur d'architecturologie
Directeur du LAREA - UMR CNRS "Louest" - EAN Nancy
28 rue Barbet de Jouy, 75007, Paris, tél 01 45 50 34 10, fax 01 45 51 44 22,
email philippe.boudon@wanadoo.fr

La notion d'échelle, en architecture et, plus largement, s'agissant de la ville, semble de plus en plus problématique. Le dernier numéro des Annales de la Recherche Urbaine consacré aux "Echelles de la ville" en témoigne.
L'exposé présentera diverses illustrations de la notion d'échelle afin d'en exprimer le caractère pragmatique, que traduit bien la polysémie du mot échelle. 
Face au "vague" de la notion, et du côté du nominalisme on souhaiterait sans doute pouvoir avoir affaire à des concepts plus stables. Ainsi l'architecturologie s'est-elle efforcée d'analyser la polysémie de cette notion en vue de constituer des concepts pour une description de la conception architecturale dans un langage architecturologique construit à cet effet : les échelles architecturologiques. 
Il reste que "l'échelle", comme mot du langage courant, semble résister à une définition unitaire. Sans doute cela tient-il au fait qu'il serait de la catégorie des "embrayeurs", "modalisateurs" et autres mots dont la nature signale dans l'énoncé la présence de l'énonciation et celle du sujet énonciateur, bref de sa fonction pragmatique, le terme pouvant être pris en un sens linguistique ou en un sens philosophique. Dès lors serait pointée la difficulté d'une connaissance  à son endroit. 
S'il est tout au plus possible - en matière de pragmatique et en prenant le terme du côté de la linguistique - de pointer les mots qui sont porteurs de l'énonciation dans l'énoncé, il pourrait alors en aller de même avec la variété des échelles architecturologiques : pointer leur présence sans pour autant pouvoir atteindre ce que le sujet y met dans une situation donnée dans laquelle l'échelle produit quelqu'effet de perception ou de conception. 
Toutefois, si l'on se tourne vers un pragmatisme philosophique, on tentera de montrer qu'il pourrait être possible d'examiner les différentes échelles architecturologiques à la lumière des catégories de signes  distinguées par C.S. Peirce et d'en considérer la complexité sous un nouveau jour. On prendra l'exemple d'une échelle ou deux, en tentant de prendre appui sur les catégories de signes de Peirce pour rendre compte de la complexité sous-jacente, en proposant d'établir une relation entre complexité et interprétant..
On proposera aussi d'introduire une distinction entre intelligence pragmatique et connaissance pragmatique, la première étant de l'ordre d'un "faire", la seconde d'"énoncés" portant sur ce faire ? "verum ipsum factum" n'est-il pas d'abord un énoncé portant sur le faire et non un faire ? p
.












Complexité et Poïésis

Gérard BOUGERET

Session 18 AM4

 

De la complexité de la composition à la pragmatique de l'écriture musicale

Gérard BOUGERET

La composition met en jeu un ensemble de paramètres dont le croisement produit des interférences d'une très haute complexité : comment le compositeur concilie-t-il (consciemment ou inconsciemment) les supports acoustiques, ses propres acquis du langage musical, les images sonores mentales qui font son essence et son originalité, l'ordonnancement général de son discours ?

D'un autre point de vue, à savoir de celui qui reçoit les œuvres et qui tente d'en décrypter les mécanismes fondateurs (on n’ose pas dire générateurs), il semble en première approche qu'aucune technique d'analyse "exogène" isolée ne suffise à rendre pertinents les fruits de ses investigations. On entend qualifier ici d’ "exogènes" des mécanismes qui, pour légitimes qu'ils soient du point de vue conceptuel, n'impliquent aucun investissement personnel de la part de celui qui procède à l’analyse.

Une autre attitude consiste à formaliser ce qui paraît être la grammaire commune des compositeurs (le mot grammaire étant entendu ici au sens de "grammaire musicale" dans l'acception usuelle du terme), à se mettre en situation de reconstruire une langue possédant l'apparence d'une certaine universalité - tentative qui se fait en général dans le champ historique des modernistes, et à réinvestir cette langue dans le cadre d'une pragmatique de l'écriture (harmonie, contrepoint, fugue). Cette pragmatique, quant à elle, requiert à l'évidence un engagement personnel permanent : en effet, à chaque instant, quelle que soit l'origine des prescriptions auxquelles le rédacteur est censé se référer, ce sont bien l' oreille intérieure et les aptitudes conceptuelles dudit rédacteur qui se trouvent mises en jeu.

Cette voie, qui pouvait sembler promise à un avenir serein, a en réalité pour partie conduit à une impasse. Nous chercherons les causes fondamentales de cette impasse en nous concentrant sur l'exemple de ce qui nous paraît être un archétype de stérilité et une aberration didactique : le contrepoint rigoureux.

En analysant les causes profondes de cette hérésie musicale et intellectuelle, nous tenterons de dégager quelques pistes pour une appréhension cohérente de la complexité de l'écriture musicale et de sa pragmatique.p .

Pragmatique et systèmes de santé

 

Pierre BRICAGE

Session 17 AM1

 

Peut-on soigner en prêt-à-porter, de façon industrielle,

ou doit-on soigner sur mesure de façon artisanale ?

BRICAGE Pierre,

licence de biologie & licence de Sciences Sanitaires et Sociales,

Faculté des Sciences & Techniques, Université de Pau et des Pays de l’Adour,

avenue de l’Université, 64000 PAU, France

tél. : 05 59 92 30 99 fax : 05 59 80 83 41

Tout organisme vivant est un système organisé dans l’espace et dans le temps (9).

Système ouvert (20) il dépend de l’anisotropie de son milieu de survie, dans lequel il puise

- de la matière et de l’énergie pour renouveler sa structure spatiale et temporelle, et

- de l’information, pour entretenir ou remettre à l’heure sa structure temporelle (13). L’existence d’une sensibilité au temps est démontrée (*1). Par exemple,

- les effets d’une même dose d’anesthésique varient selon l’heure d’administration (22),

et il est préférable d’aller chez le dentiste en début d’après-midi,

- au cours d’une journée, les fonctions ne sont pas simultanées dans un organisme (17); il y a des hauts et des bas, de la température, et de l’activité, motrice ou intellectuelle, dont les variations, d’amplitude et de position, se superposent à l’alternance veille/sommeil. Il n’est plus acceptable de croire qu’un médicament a des effets constants (7). La chronobiologie montre qu’on peut vivre mieux en respectant ses propres rythmes (3), encore faut-il que ses acquis soient transférés du domaine de la recherche à celui de la vie de tous les jours (*2).

Les rythmes individuels sont-ils pris en compte dans les situations de travail ?

Soigner (ou former) c’est "d’abord ne pas nuire" (15) ! L’Hôpital respecte-t-il les rythmes de chacun ?

L’éducation ne doit-elle pas permettre à chacun d’exprimer au mieux ses potentialités (5, 11) ?

Mais, les rythmes individuels sont-ils pris en compte de la maternelle à l’Université ? (5, 6)

Le temps est-il aménagé ? (12) Et, ne peut-il pas être mieux aménagé ? (3, 5, 6, 21)

Il existe au moins 3 types quantitatifs de dormeurs (8): les petits dormeurs (moins de 6h par nuit), les gros dormeurs (plus de 9h) et les autres. Selon l’âge, Il en existe au moins 3 types qualitatifs (enfant, adulte jeune ou âgé) et au moins 4 types qualitatifs selon l’alternance veille/sommeil (individus du matin, du soir, rythmiques et les autres). Ce qui fait pour les 2 sexes au moins 72 types différents d’individus (3x3x4x2), dont la perception subjective de l’environnement, la capacité de travail, de performance, en fonction de l’heure, la préférence thermique, la régularité physiologique sont différentes (5, 10, 14). Le sommeil occupe l’attention d’un grand nombre de chercheurs ! (1)

L’homme passe en moyenne 1/3 de sa vie à dormir… Tout phénomène artificiel de changement d’heure, tout ce qui perturbe le temps quotidien de l’ensoleillement et le programme quotidien des activités humaines, tout ce qui perturbe le sommeil, ne peut être négligé ! (6, 16, 19) La qualité ou la quantité de sommeil d’un individu dépend de ses interactions au sein d’un groupe (*3).

Le seuil de la douleur cutanée présente un rythme circadien qui dépend du sexe (*4).

*1 - Effets thérapeutiques des médicaments : l’heure dicte sa loi. Impact Médecin Quotidien n° 863, mercredi 6 mars 1996, p. 2.

 

Pour le sexe féminin il dépend de l’âge, du jour du cycle menstruel et de la prise ou non d’une pilule contraceptive ou d’un autre médicament. Et, il existe au moins 6 types horaires différents !

La répartition des crises spontanées d’angine de poitrine au cours d’un nycthémère n’est pas aléatoire. Elle dépend à la fois de facteurs externes, non maîtrisables par les structures de soin (2, 4), et de facteurs internes à l’individu, différents d’un individu à un autre (*3) (7). Chaque individu est fonctionnellement unique. Et tout ce qui perturbe ses rythmes de vie peut écourter sa durée de vie et en diminuer la qualité (18) p .

Pour approfondir et compléter

 

Benoît O. & J. Foret 1995- Le sommeil Humain. Bases expérimentales, physiologiques et Physiopathologiques. Masson, Paris, 211 p.

Bricage P. 1993- Mise en évidence d’un entraînement des cycles d’éveil nocturne de l’homme par les cycles lunaires, radiatif et de position. pp. 181-190. In Rythmes biologiques. De la cellule à l’homme. (Groupe d’Etude des Rythmes Biologiques), Polytechnica, Paris, 307 p.

Bricage P. 1995- Migraine et stress : la prévention passe par la chronobiologie. In Activités Physiques et Situations Extrêmes. Commissariat aux Sports Militaires, Fontainebleau.

Bricage P. 1997- Influence de la lune sur les rythmes biologiques ? Bull. soc. astronomie pyr. occ. 116: 71-77.

Bricage P. 1998- Connaître son agenda de sommeil pour améliorer ses performances. In Activités Physiques et Situations Extrêmes. Commissariat aux Sports Militaires, Fontainebleau.

Bricage P. 1998- Effet du passage à l’heure d’été ou d’hiver sur le sommeil et la performance. In Activités Physiques et Situations Extrêmes. Commissariat aux Sports Militaires, Fontainebleau.

Bricage P. 1999- Variabilité individuelle de la périodicité des crises migraineuses et des circonstances les favorisant (études longitudinales). In Chronobiologie et douleur. Société Francophone de Chronobiologie, Université de Bordeaux 2.

Buela-Casal & al. 1992- Personnality differences between short and long sleepers. Person. Indiv. Diff. 13: 115-117.

Bünning E. 1973- The physiological Clock : circadian rhythms and biological chronometry. The English University Press Ltd, London & Springer Verlag, Berlin, New York, 258 p. (10)Buysse D. J. & al. 1992- Napping and 24-hour sleep/wake patterns in healthy elderly and young

adults. J. Amer. Geriatrics Soc. 40: 779-186. (11) Cheminade J. 1998- Le mouvement des Arts et Métiers : " Hausser l’ordre du monde ". Fusion

n° 71 p. 27-37. (12) De Chalendar J. 1971- L’aménagement du temps. Desclée de Brouwer, Paris, 171 p. (13) Hastings J.W. & H.-G. Schweiger (edit.) 1975- The molecular basis of circadian clocks. Heyden & Son Ltd, London, 146 p. (14) Lancel M. & G. Kerkof 1991- Sleep structure and EEG power density in Morning Types and Evening Types during a simulated day and night shift. Physiology & Behaviour 49: 1195-1201. (15) Nenna A. 1990- 12 clés pour la médecine. Belin, Paris, 223 p. (16) Nielsen H.K. & al. 1991- Diurnal rhythm in serum osteocalcin: relation with sleep, Growth Hormone, and PTH(1-8,4). Calcif . Tissue Int. 49: 373-377. (17) Reinberg A. 1977- Des rythmes biologiques à la chronobiologie. Gauthiers-Villars, Paris, 152 p. (18) Robert L. 1994- Le vieillissement. Belin & Editions du CNRS, Paris, 199 p. (19) Ségolène Royal 1993- Rapport sur le changement d’heure. In Bulletin du Groupe d’Etude des Rythmes Biologiques 25: 87-93. (20) Tavlitzki J. 1985- 12 clés pour la biologie. Belin, Paris, 191 p. (21) Tiberghien F. 1995- Le rapport Qualité/Temps appliqué à la vie quotidienne. In Le rapport Qualité/Temps. Chronopost, Paris, 207 p. (22) Winfree A. 1994- Les horloges de la vie. Les mathématiques des rythmes biologiques. Pour La Science, Paris, 187 p.

Complexité et Poïésis

H. CALLAT

Session 18 AM4

 

 

Le concept de " création "

dans la philosophie de Gilles Deleuze

H. Callat, ADREUC , Carcassonne:

  Je me bornerai à souligner trois grands aspects de la pensée de Gilles Deleuze: le concept, le " plan d’immanence ", la création géophilosophique!

-Le concept comme démarche de pensée spécifique différente à la fois de la démarche scientifique (fonctions,équations ...) et de la démarche artistique (images, sons, couleurs...). Mais cette différence ne doit pas être interprétée métaphysiquement. Dans " L’oiseau philosophie ", Gilles DELEUZE ecrit :    " ...les concepts sont exactement comme (bien que non identiques à eux...) des sons,des couleurs ou des images; ce sont des intensités qui vous conviennent ou non, qui passent ou ne passent pas. "  Ces deux mots " passent " et   "intensités "  sont des expressions capitales dans la pensée de Deleuze. Ils nous permettent d’accéder à la définition deleuzienne du concept:  " quantité intensive abstraite  ".

-Le " plan d’immanence " . C’est le coeur de la pensée deleuzienne. Gilles Deleuze ne dit jamais " immanent à... ". L’immanence pour lui est absolue. Le " transcendant " différent du " transcendantal " ne présente aucun

intérêt philosophique. Ici c’est la rupture radicale avec Platon et les néo-platoniciens: " ... avec Platon et ses

successeurs, écrit Deleuze, l’immanence est à l’Un... toujours un Un au-delà de l’Un... Chaque fois qu’on

interprète l’immanence comme " à quelque chose ", il se produit une confusion du plan et du concept,

telle que le concept devient un universel transcendant ,et le plan un attribut du concept. "

Pour Deleuze, c’est l’inverse qui est vrai!

Deux questions - deux problèmes - surgissent ici:

I)Qu’est-ce qu’un " plan d’immanence "?

2) Comment le concept en émerge? La réponse à ces deux questions se situe dans la logique de la rupture anti-platonicienne:

1) Le plan d’immanence est un empirisme (non un idéalisme de type platonicien!)

2) Cet " empirisme ", Deleuzel’appellera " transcendantal " ( par opposition à l’idéalisme du même nom de la tradition philosophique). Le plan d’immanence deleuzien est un " empirisme transcendantal "! Cet apparent paradoxe est levé dans la notion clé que Deleuze y introduit et que nous développerons par la suite: la notion de " virtuel " par opposition à celle de " possible "!

-La création géophilosophique. Pour Deleuze, " La philosophie est devenir, non pas histoire; elle est coexistence de plans, non succession de systèmes. " La plus profonde rupture peut-être avec ce qu’on entend habituellement par philosophie (et enseignement de la philosophie!): " ...faire de l’absurde, écrit Deleuze, la plus haute puissance de la pensée ", parce que nous sommes devenus capables, après Auschwitz et Buchenwald, d’éprouver la " honte d’être un homme "... à partir de quoi la création d’autres concepts redevient possible! Précisément à partir de la " non-philosophie ", " du plan pré-philosophique " de la pensée. C’est ce que Deleuze appelle la " géophilosophie ", la philosophie terrestre, la philosophie de la Terre au-delà de son histoire abstraite et systématique!  Il se peut, écrit-il encore, que " croire en ce monde, en cette vie, soit devenu notre tâche la plus difficile... " C’est pourtant à cette tâche pratique, quotidienne, politique qu’il faut aujourd’hui plus que jamais nous atteler.p .

Pragmatisme et Pragmatique : Peirce et la Complexité

Francesca CARUANA

Session 17 AM3

 

"Nom: personnage". Pragmatique de l'être pictural

Caruana Francesca

Maître de conférence en arts plastiques à l'université de Toulouse Le Mirail

Membre-chercheur à l'Institut de Recherches en Sémiotique, Communication

et Education de l'Université de Perpignan (IRSCE)

70 avenue des crouettes-66280 Saleilles

te: 04-68-22-90-49 : fax: 04-68-37-72-37

e-mail: caruana@univ.perp.fr Dans le contexte singulier des arts plastiques, la question du personnage sera abordée selon les modalités pragmatiques de l'interprétation qui conduisent à qualifier un sujet comme objet de la peinture. La représentation d'un personnage mise en cause après en avoir défini les limites suffit-elle à en faire l'objet de la peinture?

Considérant l'apparence formelle attribuée traditionnellement à la reconnaissance d'un personnage dans l'histoire des tableaux, trois aspects seront proposés à l'examen: définitoire, technique, et symbolique.

Les études de cas au travers du Maniérisme et des exemplifications légitimes fournies par l'histoire de l'esthétique, montrent d'une part que la lisibilité des éléments plastiques se doit d'être indépendante du concept de " lecture ", que la complexité de la notion est à analyser dans les contextes respectifs des oeuvres, et qu'enfin la pragmatique et la sémiotique du philosophe logicien C.S.Peirce permettent de distinguer d'un point de vue logique les places différemment occupées par le motif " personnage " à savoir l'objet représenté, l'objet de représentation et l'objet de création. De Léonard, passant par Matisse jusqu'à Ben ou Pistoletto, la classification qui est tentée rend compte de l'identité des sujets, et des articulations interprétatives. Ainsi lorsque le sujet est symbolique, il ressortit à une présupposition, lorsqu'il relève du décorum au sens de la théorie de l'ut pictura poesis, il met au jour les techniques de la narration, et lorsque le sujet est d'ordre logique, il est assignable à l'esthétique.

L'étude sémiotique, par la prise en compte de la complexité des termes qui construisent la notion de personnage apparaît l'élément garant de l'interprétation esthétique contre une histoire de l'art nominaliste qui classe en personnage toute représentation mimétique de traits humains.

Le caractère de généralité de la représentation, en classe " homme ", issu d'une représentation qui lui est ressemblante, n'implique en rien une fonction supposée implicite de cette représentation. Au sein du segment analytique formé d'une part, par la théorie de Panofsky pour les significations explicites et de l'autre, par la théorie de Goodman pour un repérage notationnel qui caractériserait toute mimesis humaine comme " personnage ", il semble que la théorie pragmatique puisse faire valoir les droits d'une fonction picturale.

Au terme de l'analyse il nous sera pemis de dégager et de conclure que la notion de personnage est une notion complexe (au sens du n¦ud gordien dont parle Edgar Morin àpropos de la scène primitive) attachée à des foncteurs plastiques qui précisent non seulement la validité de l'interprétation en tant que personnage mais aussi le dépassement nominaliste du sujet en révélant l'objet pictural de la représentationp .

Pragmatique, Droit, Société et Travail Social

Pompeu CASANOVAS

Esther PASCUAL

Marta POBLET

Session 17 AM2

 

 

"La multiplicité des contextes juridiques"

Pompeu Casanovas

Esther Pascual

Marta Poblet

Grup d’Estudis Sociojurídics UAB

Departament de Ciència Política i Dret Públic

Facultat de Dret

Universitat Autònoma de Barcelona

Tel: 935812235

Fax: 935812988

E-mail: gres@cpdp.uab.es

Dans le domaine des sciences sociales -et dans l’analyse pragmatique des phénomènes juridiques en particulier- il est douteux que les épistémologies d’ordre linéaire puissent orienter la construction de modèles théoriques valables pour expliquer la multiplicité des nuances et la complexité des stratégies mises en oeuvre dans les situations de communication des milieux professionnels juridiques. Selon l’approche proposé, seule une épistémologie fondée sur la complexité serait capable de modéliser l’articulation pluridimensionnelle des contextes communicatifs qui modulent les situations d’interaction.

Cet article vise à montrer les spécificités des efforts d’analyse du GRES (Groupe d’Études Socio-Juridiques) -soit dans le processus d’élaboration des données à sources plurielles (mais qui ont en commun une base ethnographique) ou dans l’utilisation de modèles d’analyse fractales, de statistique textuelle, etc.- pour reconstruire la pragmatique qui opère dans les différentes modalités des rapports juridiques (aussi dans le cadre formel des Cours de Justice que dans des intéractions professionnelles informelles) caracterisant les nouvelles formes sociales du droit contemporain.

Abstract

It is doubtful, within the general frame of the social sciences and, particularly, in the pragmatic analysis of legal phenomena, that non-linerar epistemologies could be able to guide the construction of theoretical models capable of explaining the multiplicity of nuances and the complexity of strategies in legal communicative situations. According to our own approach, a complexity-based epistemology is needed to represent the pluridimensional articulation of communicative contexts which module interactions.

This paper aims at showing the especificities of the GRES’s (Sociolegal Studies Group) analysis attemps -both in the process of data elaboration (from different sources but with a common ethnographic base) and in the use of fractal or textual statistics models of analysis- in order to reconstruct the pragmatics which models the different types of legal situations (either in the formal setting of Justice Courts or in informal professional interactions) that feature the social forms of contemporary law p .

Pragmatique, Droit, Société et Travail Social

Micheline CHRISTEN

Session 17 AM2

 

LA SUPERVISION EN TRAVAIL SOCIAL, UNE APPROCHE DE LA COMPLEXITE BRICOLEE AU QUOTIDIEN

Micheline CHRISTEN Le monde du travail socio-éducatif est peuplé de Monsieur Jourdain qui travaillent dans la complexité sans le savoir.

Cette ignorance est à mettre en lien avec des croyances qui ont encore court aujourd'hui, savoir en sciences humaines légitimés par l'idée d'une science vraie et objective.

Que l'on soit éducateur, assistante de service social, moniteur éducateur, mais aussi psychologue ou psychiatre, tous ont appris que le client est l'usager qui, bien que très souvent désigné socialement par des tiers, a un problème qu'il s'agit de solutionner.

Le modèle opérant est celui de la relation duelle, d'un client "en panne" comme le dirait Philippe Caillé, qu'il faut éduquer, assister, suivre, accompagner, aider, soigner, prendre en charge (c'est-à-dire porter) pour qu'il retrouve les moyens de conduire sa vie de façon autonome.

Les problèmes pour lesquels les travailleurs sociaux rencontrent leurs clients, s'originent dans le passé, selon le chaînon de causalités linéaires. Les comportements dans le présent ne pouvant évoluer que si le psychisme change, c'est-à-dire si les personnes s'engagent dans un travail "intra-psychique de prise de conscience". Le lobby des "psy" s'approprie cet aspect comme faisant partie inhérente de leurs fonctions jugées naturellement psychothérapeutiques. Les intervenants sociaux travaillent avec la relation "en contrebande", sans formation, sans supervision, leurs employeurs leur rappelant que ça ne fait pas partie de leurs missions officiellement centrées sur la résolution de problèmes concrets (santé, logement, argent, etc.).

La seule relation prise en compte est la relation d'aide "intervenant-usager", même quand le client est un enfant. La parentectomie est encore de mise, au mépris des lois sur l'autorité parentale. L'intervenant se doit de rester à distance émotionnelle de son client, la neutralité bienveillante prenant souvent la forme d'une relation aseptisée, inauthentique, voire inhumaine ; ou bien, à l'autre bout du dysfonctionnement, un imbroglio relationnel qui met les résonances personnelles des intervenants au pilotage de leurs actions.

La dernière conséquence grave de la modélisation simplifiée du travail socio-éducatif est d'avoir fait oublier que, bien souvent, l'usager n'est pas le client : c'est le juge, pour l'enfant placé ou bénéficiaire d'une action éducative en milieu ouvert par exemple. L'usager n'est pas non plus client parce qu'il ne paye pas le service. Pendant les trente glorieuses, période faste de la redistribution des richesses, où l'on dispensait sans compter pour ré-intégrer les quelques laissés pour compte du développement, il était normal que les politiques et les décideurs administratifs payent sans qu'on n'ait de compte à rendre sur les coûts de nos services socio-éducatifs, et leur efficacité. Le secret professionnel a au moins autant protégé les professionnels qui n'avaient à rendre compte de rien, que les usagers. Bien des assistantes sociales avaient des positions de professionnelles libérales.

Ce modèle est toujours actif, mais la pensée complexe continue de s'étendre, de se répandre et de coloniser le travail socio-éducatif.

Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ce mouvement, que l'on interprètera succinctement et soumettra à la discussion p .

Usagers, sujets et représentation dans la conception II

Jean-Pierre CHUPIN

Session 18 AM3


PRAGMATIQUE DE L'ANALOGIE DANS L'ENSEIGNEMENT DE LA CONCEPTION

Jean-Pierre Chupin,

Professeur associé, école d'architecture de Lyon,

(membre de l'équipe ARIA (UMR-CNRS MAP-ARIA n° 694)

3 rue Maurice Audin, BP 170, 69512 Vaulx en Velin Cedex

Tel (33) 04.78.79.50.85 Fax (33) 04 42 23 39 28, Mail : chupin@lyon.archi.fr

Cette intervention se donne pour objectif de participer à une meilleure c- c'est-à-dire en adoptant une définition fondamentalement non déterministe du projet - nous fondons la conception de mises en situation pédagogiques sur l'hypothèse que : " Les temps de conception d'un projet d'architecture en situation pédagogique peuvent être adéquatement modélisés sur le plan théorique, et rythmés sur le plan pratique, par des phases mettant à profit les différentes modalités opératoires de l'analogie. " (Chupin, 1998).Comme les métaphores qu'elles font naître, les analogies sont destres processus analogiques. Un tel " effet rebond " laisse présager une certaine capacité à établir des représentations globales de la réalité; mais l'histoire des sciences révèle qu'il est au moins autant producteur de représentations erronées et de fausses pistes. On cherchera ainsi à qualifier les temps du projet d'architecture. De ce point de vue il n'y a donc pas une forme analogique, ou un processus unique, mais différents moments, différentes " phases ". Quand un astronome parle des phases de la lunsent par des modes de représentation qui permettent à un ou plusieurs concepteurs d'articuler le projet en mêlant simultanément : des aspects visibles, des aspects lisibles, et des aspects tangibles. En examinant les modes de pensée des architectes, tels qu'ils se révèlent dans les croquis, les dessins ou les manifestes, on peut observer la finesse de ces entrelacs et en mesurer toute la richesse analogique. Par contre, en examinant le parcours de concepteurs-étudiants dans un atelier de projet on peut aisément remarquer de grands déséquilibres dans le rôle dévolu aux divers modes de représentation sollicités par ces mêmes instances cognitives. Dans ce cas, comment doit-on construire un enseignement de la conception pour qu'il permette à l'étudiant d'apprendre à conjuguer et à concilier les ruptures et les instances disjointes de sa pensée architecturale?

En inscrivant le projet d'architecture sur la toile de fond d'une approche anthropologique telle que développée par Jean-Pierre Boutinet (Boutinet, 1998) - c'est-à-dire en adoptant une définition fondamentalement non déterministe du projet - nous fondons la conception de mises en situation pédagogiques sur l'hypothèse que : " Les temps de conception d'un projet d'architecture en situation pédagogique peuvent être adéquatement modélisés sur le plan théorique, et rythmés sur le plan pratique, par des phases mettant à profit les différentes modalités opératoires de l'analogie. " (Chupin, 1998).

Comme les métaphores qu'elles font naître, les analogies sont des phénomènes à l'étrange temporalité : tantôt vives, tantôt éteintes. On propose ici d'aborder la mise en relation analogique non pas tant comme une forme discursive et figurative, ou même une forme de " pensée "- telle que l'envisageait la rhétorique classique - mais plutôt comme une temporalité qualifiée et complexe, c'est-à-dire faite de plusieurs temps spécifiques. La puissance même des processus analogiques vient en effet de ce que leur investigation tout comme leur compréhension font aussi appel à d'autres processus analogiques.

Un tel " effet rebond " laisse présager une certaine capacité à établir des représentations globales de la réalité; mais l'histoire des sciences révèle qu'il est au moins autant producteur de représentations erronées et de fausses pistes. On cherchera ainsi à qualifier les temps du projet d'architecture. De ce point de vue il n'y a donc pas une forme analogique, ou un processus unique, mais différents moments, différentes " phases ". Quand un astronome parle des phases de la lune ou des planètes, il décrit un certain nombre d'apparences qui prennent leur sens par rapport à la position relative de l'observateur. La situation pédagogique servira ici de point de repère. Mais les temps du projet sont d'autant plus délicats à qualifier qu'ils renvoient d'abord et avant tout aux temps et aux rythmes corporels du ou des acteurs.

Dans le prolongement des observations menées par le pédagogue américain Donald A. Schön il convient toutefois d'opérer une distinction entre les modalités du dialogue réflexif d'une part et celles de la conversation réflexive d'autre part et ce, afin de mieux en cerner la nature profondément analogique.

On peut définir provisoirement le dialogue réflexif en disant qu'il concerne la relation entre l'étudian