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| REPÈRES DANS LA CONSTRUCTION DE COGNITION COLLECTIVE |
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Objectifs :
L'objectif de notre travail est de proposer un modèle de
système d'apprentissage permettant la communication et la
coopération d'individus dispersés géographiquement
et travaillant sur un problème donné. Ce modèle a
été implanté et expérimenté grâce
au développement d'un service Internet pour la préparation
de l'épreuve orale d'agrégation d'économie et gestion.
Le projet initial peut paraître très commun, il s'agit de faire de "l'enseignement à distance" autour de la préparation de l'épreuve orale de management des entreprises et des organisations. En fait, l'intérêt de cet exemple est qu'il oblige à penser en termes plus complexes, ce système met en évidence deux dimensions fondamentales de l'apprentissage coopératif qui sont le savoir faire et le savoir communiquer.
Savoir-faire et savoir communiquer supposent que les utilisateurs apprennent
en faisant, c'est-à-dire en se mettant en situation de résolution
de problèmes et qu'ils apprennent dans l'interaction avec d'autres
étudiants. Il ne s'agit pas de leur apporter des connaissances
mais de les faire travailler sur leurs propres connaissances afin qu'ils
répondent à une problématique posée. Face
à ce double besoin de pratique et de coopération, les organismes
de formation ne répondent qu'imparfaitement aux contraintes dans
lesquelles se trouve un public d'utilisateurs dispersés et
isolés. Compte tenu de ces exigences, le concept d'apprentissage coopératif suppose que l'on conçoive et mette à disposition un "support composite", c'est-à-dire un support qui permette à la fois le travail coopératif, la réunion asynchrone, le retour à une certaine oralité et l'activité participative. Ce terme de support composite a été choisi par analogie aux matériaux composites dont la caractéristique majeure est qu'ils ne sont pas le résultat d'un assemblage mais d'une intégration irréversible et unique. Ce dernier point est important, il suppose que la formation passe d'une production standardisée de connaissances à une production individualisée, unique et indissociable de l'individu qui a participé au groupe d'apprentissage.
Notre objectif est donc de créer un support présentant un
certain nombre d'éléments de base incorporés à
une structure qui sert de liant (ici, il s'agit du Document Actif
d'Apprentissage). Comme pour les matériaux composites, son
élaboration suppose la simultanéité de la conception
et de la diffusion de la connaissance, c'est-à-dire le passage d'une
conception linéaire (d'un expert vers un apprenant) à une
conception simultanée (d'un groupe d'apprenant travaillant ensemble
sur un problème donné). La simultanéité de ces
opérations implique un changement complet de la conception et de la
diffusion du support de formation, ce qui nous oblige à rechercher
des concepts et des outils nouveaux. Concepts et outils utilisés
Nous avons utilisé deux outils conceptuels : les classes virtuelles,
les documents actif d'apprentissage pour construire dynamiquement une
réponse à un sujet posé par l'échange d'idées,
de critiques, la reprise d'une partie de solution pour en construire une
nouvelle, ... Une classe virtuelle est un environnement de communication capable de constituer des groupes de niveau et de gérer des échanges inter et intra groupes. Concrètement, il s'agit de constituer des groupes homogènes d'individus dispersés géographiquement, afin de les faire travailler en commun sur un sujet en leur apportant une aide adaptée à leur niveau. Il s'agit également d'établir des relations d'assistance et d'échange d'informations entre les individus. Son intérêt est ainsi de recréer la dynamique de l'apprentissage collectif en permettant l'échange de connaissances entre apprenants, l'auto-évaluation de son niveau relatif par rapport aux autres, le partage d'expériences, ... Les Documents Actifs d'Apprentissage sont inspirés des documents actifs de conception (support de travail en équipe pour la conception simultanée de prototypes et de sa documentation), il s'agit d'un support de travail collectif qui permet la construction d'une solution commune, en gérant les corrections et commentaires sous forme d'un hypertexte. L'utilisation des Documents Actifs d'Apprentissage fait apparaître plusieurs formes d'apprentissage collectifs : - l'apprentissage individuel : partant du sujet un étudiant donne sa solution , son apprentissage n'est pas traditionnel car l'utilisation des DAA l'oblige à mettre en forme ses connaissances et à les communiquer à l'ensemble du groupe, - l'apprentissage coopératif : à partir de ces propositions individuelles, d'autres participants interagissent en enrichissant ou en critiquant la solution. S'instaure alors un dialogue qui permet aux apprenants d'évaluer, échanger des connaissances et idées pour progresser vers une solution commune, - l'apprentissage interprétatif : l'apprenant, à partir des propositions précédentes, construit son propre raisonnement sans qu'il y ait coopération avec les premiers. Cependant, même s'il n'y a pas coopération directe, le raisonnement est le résultat d'une production collective.
L'ensemble de cette application utilise des outils de support (Internet comme
support de communication, l'hypertexte comme support de navigation dans le
DAA), des bases de données pour la gestion, en fond de tâche,
des relations entre les étudiants et le suivi individuel. Évaluation
Ce travail a été évalué de novembre 97 à
mai 98 (site : http://www.lgc.iut-tlse3.fr), l'application fonctionne
correctement, le site est régulièrement visité et une
classe virtuelle a pu être identifiée grâce à la
constitution d'un "noyau de fidèles" qui reviennent
régulièrement à chaque nouveau thème de travail
proposé. Cependant, nous n'avons pas pu initier une boucle d'apprentissage
coopératif, les utilisateurs ayant une attitude plus "consommatrice"
que participative, ce qui peut s'expliquer par plusieurs facteurs parmi lesquels
deux nous semblent fondamentaux : la dimension concours du terrain d'application
choisi (agrégation) et l'absence de formation à la
coopération dans l'enseignement traditionnel. Il apparaît ainsi
que l'apprentissage collectif n'est pas naturel mais suppose un investissement
important et une certaine habitude de la part des participants.
Le site a été construit sur l'idée centrale "que l'on
apprend en faisant avec d'autres", cette idée séduit de plus
en plus d'entreprises, dans lesquelles se pose le problème du partage
de la connaissance et de la coopération. Ainsi, sur le système
d'apprentissage dynamique et coopératif, deux axes de développement
sont envisagés : la formation d'employés de banque à
la résolution de problèmes (Institut de Formation du Crédit
Agricole Mutuel), la création de documents incrémentaux pour
la définition d'axes stratégiques (Aérospatiale). |
| REPÈRES DANS LA CONSTRUCTION DE COGNITION COLLECTIVE |
Evelyne ANDREEWSKY, INSERM-TLNP,
PARIS
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Toutes les cultures relient d'une manière ou d'une autre les concepts de cognition, de société et de langage. Par exemple, selon Confucius (trad. 1987) qui ne connaît le sens des mots ne peut connaître les hommes. Pour Vygotski (trad. 1985) la signification du mot reflète sous la forme la plus simple l'unité de la pensée et du langage ; la cognition individuelle se reflète dans le mot comme le soleil dans une petite goutte d'eau ... Dans la mesure où l'on conçoit ainsi la cognition de l'individu à l'image de la signification du mot, la cognition collective - à l'instar de la signification de la phrase - relève alors d'une "co-construction" avec celle de l'individu, sur un mode à la fois interdépendant et contextuel.
La cognition individuelle comme contact social avec soi-même.
Le développement génétique implique une genèse
sociale de la cognition individuelle, au moyen d'instruments de
coopération, au rang desquels le langage joue un rôle
primordial. C'est à l'aide de cet instrument (et en interaction avec
son acquisition) que se construit la cognition de chaque individu. Au terme
de cette construction, la cognition individuelle devient un contact
social avec soi-même, (cf. supra, Vygotski) - autrement dit, en
quelque sorte, une cognition collective individualisée.
La collectivité comme organisme cognitif.
La société (et d'une manière générale,
la collectivité) est souvent présentée - sur un
mode métaphorique récurrent - comme un organisme
vivant, qui naît, se développe, a ses maladies, etc. On
la conçoit ainsi - tout comme les autres entités
collectives - en termes de méta sujet (ou de
quasi-sujet, dans la terminologie de J.-P. Dupuy, 1992)
cognitif, dans la mesure où on lui prête un certain nombre
de propriétés, réputées cognitives, des individus.
C'est ainsi que l'on peut parler d'une entité collective donnée
- une entreprise, par exemple - comme étant susceptible
d'apprendre, d'avoir une mémoire, de faire des
expériences, des choix, de prendre des
décisions, d'agir, etc. - c'est à dire, comme
étant en quelque sorte dotée d'une cognition
individuelle.
Signification du mot ou de la phrase, cognition individuelle ou collective
- même dynamique complexe. En sociologie, essayer de concevoir l'indépendance individuelle conduit à se heurter à des problèmes similaires à ceux des dépendances contextuelles qui sont au coeur du langage. Les arguments à l'encontre de la sémantique context free (cf. Shanon, 1993) peuvent être utilisés en effet (si on ose dire, mot à mot) pour mettre en évidence l'interdépendance de cette indépendance ... En effet, dans les deux cas, si mots ou individus sont considérés comme des éléments indépendants, on ne peut pas expliquer (même en première approximation) les phénomènes qui ancrent ces "éléments" dans le langage ou dans la société ; comme le soulignait en effet Mead (1934), si les mots prennent un sens à partir de leur présence avec d'autres mots, le moi ne se met à exister qu'à partir des interactions interindividuelles.
La complexité de ces interdépendances est
traditionnellement négligée aussi bien en linguistique qu'en
sociologie. Certaines approches théoriques les prennent cependant
en compte. C'est le cas, par exemple, de la théorie de la
spécularité (Vullierme, 1988), qui traite ces
interdépendances en termes de processus dynamiques
complexes qui, à la fois, "font
émerger la société des comportements des
individus, et font déterminer à ces derniers leur propre
comportement sur la base du modèle qu'ils se forgent de leur
contexte social".
Cognition collective, langage, sens et invention.
Ces processus spéculaires complexes sont indissociables du langage
dans la construction de la cognition collective. Ceci est particulièrement
manifeste dans certaines circonstances, comme par exemple, le "brain storming",
où les individus créent de concert, en en parlant, une
cognition collective, susceptible d'inventer une solution à
un problème donné qui fait sens pour la
collectivité qu'ils constituent. Autre exemple où le rôle
du langage est crucial : le vote des citoyens (en témoigne entre
autre l'augmentation considérable, au moment des scrutins, de la vente
des journaux). Une cognition collective se crée alors implicitement
pour résoudre un problème qui fait sens pour
la collectivité, avec à la clef, comme par exemple pour Maestrich,
l'invention par cette collectivité (ici, le "quasi sujet"
social français), de la réponse "oui mais" (50% + e)
à un QCM (le référendum) qui ne la proposait pas ...
Références - Andreewsky E., Bourcier D, Parisse C. & Péraita H., Une société de mots : le texte, Actes des Journées de Rochebrune, 1996. - Confucius, Entretiens familiers, XX. 3, trad. P. Ryckmans, Paris, 1987. - Dupuy J.-P., Logique des phénomènes collectifs, Paris, X - Ellipses, 1992. - Mead G. H., Mind, Self and Society, Chicago, Univ. Chicago Press, 1934. - Shanon B., The Representational and the Presentational, London, Harvester Wheatsheaf, 1993. - Vullierme J.-L., Le concept de système politique, Paris, PUF, 1988.
- Vygotski L., Pensée et langage, trad. F. Sève,
Paris, Messidor, 1985.
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| REPÈRES DANS LES PROCESSUS DE CONSTRUCTION DE CONFIANCE |
Marc de BEAUMONT, consultant en management
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| REPÈRES DANS LES PROCESSUS D'ACCOMPAGNEMENT |
Marc de BEAUMONT, Consultant |
Le déploiement d'applications informatiques, à moyenne ou grande
échelle, suppose des méthodes de travail différentes
et donc des changements de comportement individuels et collectifs.
C'est particulièrement vrai pour des applications
" groupware ", qui n'ont de sens que si elles sont utilisées
rapidement et quotidiennement par la quasi-totalité de la population
cible.
Car l'intérêt de chacun dans un " forum " (par exemple)
est lié à la somme des contributions des autres : au-delà
d'un seuil critique, l'individu trouve plus dans le système que ce
qu'il y a mis (cf l'article de Carnaud Metal Box dans ce numéro).
Mais l'utilisateur, sollicité de toutes parts dans un monde de plus
en plus exigeant, risque de se décourager bien avant que ce seuil
ne soit atteint. Il faut réussir dès le début !
Ceci nécessite une réelle stratégie et un authentique
accompagnement du changement, qui fait trop souvent défaut dans les
entreprises ou chez les pouvoirs publics (cf l'ampleur des dégats
des grèves récentes, liée en partie à
l'impréparation des opérations et à la non consultation
des personnels concernés). Les consultants ont mis au point et éprouvé des méthodes efficaces, y compris pour préparer et accompagner la mise en place d'applications informatiques. Parmi elles, l'approche " Miroir ", en 4 étapes : 1) interviews individuelles, pour relever ce qui va bien et ce qui pourrait être amélioré 2) restitution à tout le groupe, anonyme mais citant les mots exacts des individus ; ce renvoi d'image (miroir) permet échanges fructueux, prise de conscience individuelle et amorce collective de solutions 3) mise en place, sur quelques semaines, de groupes de travail sur les thèmes définis par le groupe
4) synthèse par les groupes de travail et propositions aux instances
chargées des décisions opérationelles.
Pour la mise en place du groupware (ou d'autres changements), selon les besoins,
taille, culture et stratégie de l'entreprise, cette approche et /
ou les suivantes sont possibles :
Une étape clé est d'avoir su " créer de la
valeur " pour chacun et pour le groupe : trouver une utilisation type
suffisamment intéressante pour chacun pour qu'il se connecte volontiers
de lui-même. La dynamique créée alors permet d'atteindre
aisément le seuil critique et d'enclencher un cercle vertueux.
Aider chacun à utiliser au mieux ces outils dans le cadre de ses
responsabilités et intérêts personnels. L'expérience
prouve que la plupart des difficultés tiennent à très
peu de chose, et il suffit en général de bien écouter
(mais c'est un véritable talent !), de prendre suffisamment de recul
avant de répondre, et de proposer un ou plusieurs moyens, tours de
main, voire astuces.
(partage de l'information, coordination, organisation, délégation, coopération, prise de décision, ...)
A partir de mises en situation simples, le groupe (comité de direction
par exemple) doit élaborer collectivement une solution à partir
des informations partielles de chacun. C'est une épreuve de
vérité pour le groupe : chacun prend conscience à la
fois des contributions des uns et des autres et des dysfonctionnements liés
à son propre comportement. Les groupes qui se prêtent au jeu
en ressortent transformés après quelques jours, et les habituels
freins et résistances au changement fondent comme neige au soleil.
Les bénéfices dépassent largement ce que chacun imaginait
possible.
La constitution d'équipes authentiques permet d'aller encore plus
loin : confiance et engagement mutuels forts, épanouissement des individus
et résultats exceptionnels, servant d'exemples pour toute
l'entreprise. Bref, en voulant tout faire en interne et mettre en place du groupware sans prendre en compte les relations interpersonnelles, le risque est fort de rejoindre les 70% d'échecs constatés aux Etats Unis...
A contrario cette reconnaissance de la dimension humaine permet de tirer
le meilleur parti de ces outils, favorise l'émergence d'une intelligence
collective et l'obtention d'une dynamique et de résultats inimaginables
autrement. |
| QU'EST-CE QU'UN REPÈRE POUR L'ACTION EN SITUATION COMPLEXE ? |
Philippe BOUDON
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Ce qu'écrit Arthur Koestler sur l'invention de la presse à imprimer par Gütemberg qu'il donne pour exemple de "bissociation" peut être rapproché de la "parabole des ascenseurs" de Jean-Louis Le Moigne : quelque chose est donné - un pressoir, un problème - et se trouve déplacé dans un autre système de référence apportant la solution à un problème. Je propose d'appeler "changement de référence" un tel déplacement d'une chose, quelle qu'elle soit, d'un système dans un autre : Galilée nous en fournit un exemple par la déplacement du regard de la lunette qu'il a effectué de l'horizontal des navires vers les étoiles. L'architecte Piano se réfère explicitement à Galilée pour illustrer son travail et ajoute : "les architectes doivent vivre à la frontière et de temps à autre la traverses pour voir ce qu'il y a de l'autre côté" . A vrai dire l'activité de l'architecte m'apparaît toujours transversale. Autres exemples de changements de référence : le dessin de la <jeune élégante - vieille femme> (Barel in Le paradoxe et le système), la résolution du fameux problème des neuf points (résolu par sortie d'une figure de l'espace dans lequel on la confine). La récurrence du changement de référence en fait une figure "repérable" de l'action. Toutefois, comment sortir de l'impasse d'un tel repère qui est que : si le changement de repère est le repère, n'est-il pas par là-même négation de la notion de repère? et comment échapper alors à la perte de tout repère? Du changement de référence au changement d'objet ""A est A" est la formule d'un sot" dit Valéry. La conséquence directe serait que A soit B, B étant autre que A. Mais comme A est B et que par conséquent B est A, alors "A est B" revient à dire que "A est A" et nous sommes ramenés à la sottise. La seule façon d'en sortir est de considérer à nouveau que A soit C, etc. Ainsi Le Corbusier, n'étant pas sot, demande : "Qu'est-ce qu'une fenêtre ?" et insatisfait d'une réponse qu'on lui ferait comme "une fenêtre est une fenêtre" invente la fenêtre en longueur : il lit autrement la fenêtre en installant l'objet dans un autre système. Autrement dit la seule façon d'échapper à la sottise dont parle Valéry semble être d'avoir à substituer, à l'état considéré d'un objet donné A, une autre lecture de ce même objet, B, ou C, peu importe, processus par lequel nous faisons varier la façon de voir un objet A. Mais comment changer un A en B sinon en le regardant autrement, c'est-à-dire en l'installant dans un autre système de référence, suivant un autre point de vue? Du changement d'objet au multi-objet. Le repère devient ici le concept de multi-objet que j'emprunte à Y. Barel : changement de référence qui change l'objet. Wittgenstein distingue deux voir comme : "le voir A comme A" et le "voir A comme B" et nous montre un <canard-lapin> (que je tiens pour une autre version de la <jeune élégante - vieille femme> de Barel). Le changement de référence introduit le concept de "multi-objet" proposé par Barel. Il est la conséquence directe du fait qu'un objet A, sous un point de vue x, devient B, sous un autre point de vue. Multi-objets disjonctifs et multi-objets conjonctifs Comme dans le cas de la jeune élégante - vieille femme on voit soit un canard soit un lapin, il est impossible de voir les deux en même temps et le changement de référence opère donc un changement d'objet sur le mode de la disjonction. Si les deux exemples illustrent le concept de multi-objet, ils privilégient tous deux le cas d'un multi-objet que je dirai disjonctif. L'alternative jeune élégante/vieille femme comme l'alternative canard-lapin présentent sans doute l'intérêt de nous faire saisir le notion de multi-objet mais laissent de côté le cas du multi-objet que je dirai conjonctif : superposition de multiples objets dans un objet, lesquels peuvent être distingués par changement de point de vue sans pour autant donner lieu à une alternative d'identité : le canard-lapin serait à la fois canard et lapin, la jeune élégante vieille femme à la fois jeune, vielle, élégante et femme. L'architecte Robert Venturi a repéré le "phénomène du "à la fois"" dans quelques édifices : San Carlo alle Quattro Fontane (Borromini), "à la fois" croix grecque ou croix latine; Karlskirche de Vienne (Fischer von Erlach), "à la fois" basilique ou église à plan central. Pourtant Venturi lui-même n'a pas repéré le caractère courant du multi-objet conjonctif. Ses exemples restent disjonctifs. Or une simple fenêtre est un multi-objet en ce qu'elle fait entrer la lumière et permet de voir à l'extérieur. La disjonction de la fenêtre classique effectuée par Louis Kahn dans une de celles qu'il a desinées nous en apporte la preuve. Et très couramment le concepteur conçoit non des objets mais des "multi-objets", qui plus est "conjonctifs", via une opération que j'ai identifiée sous le concept architecturologique de surdétermination. Car si le multi-objet disjonctif ne manque pas d'intérêt et s'offre à l'observation de façon fascinante, (Wittgenstein, Barel), le multi-objet conjonctif passe par nature plus inaperçu : les objets une fenêtre, un mur etc.", sont très généralement des multi-objets. L'architecture sera ici notre repère : les sciences de la conception ne doivent-elles pas prendre en compte le concept architecturologique de surdétermination et son corrélât celui de multi-objet? S'agit-il là d'une connaissance actionnable? Elle l'est sous trois formes, i.e. par changements de référence : a/ internes aux objets, b/ d'objets à objets, c/ d'objets à acteurs. La première, par dissociation-réassociation des objets constituant le multi-objet. Car la disjonction et la conjonction rend possible une telle opération. Deuxièmement, par la relation entre multi-objets et multi-acteurs : on est naturellement tenté de renvoyer le caractère multi-objet des objets pris en général au caractère multi-agent des processus. Le même objet est "vu" par divers acteurs de divers points de vue. Troisièmement par l'introduction de l'idée de "multiples" multi-objets : le fait qu'un objet puisse "sécréter" des points de vue : un objet ou projet suscitant des regards et des évaluations pour la production d'objet(s) ultérieur(s). Herbert Simon écrit que "résoudre une problème c'est changer de représentation". Le repère proposé ici pour l'intervention délibérée en situation complexe rejoint la proposition citée de Simon. Karl Popper considère qu'entre penser "aujourd'hui il fera beau" et énoncer "aujourd'hui il fera beau", il y a un abîme, l'énoncé devenant objet possible de critique, (voire, comme on sait, de falsification...). Les exemples ci-dessus ont, me semble-t-il, valeur de validation de l'énoncé de H. Simon du moins dans un champ, il est vrai, un peu particulier, qui est celui de l'architecture.
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| REPÈRES DANS LA CONSTRUCTION DE COGNITION COLLECTIVE |
Philippe CAILLÉ
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| Dans le domaine qui est le nôtre, celui de la
psychothérapie, la relation entre les acteurs, disons pour simplifier
entre celui qui offre de l'aide et celui qui en demande, est dés le
départ complexe.
L'action apparente, la demande d'aide, ne peut être comprise dans son
aspect singulier que si l'on ne prend en considération qu'elle s'inscrit
dans une convention culturelle qui tient pour légitime la
psychothérapie comme méthode de transformation pour l'individu
(ou le système familial). La psychothérapie a alors, quelque
soit la logique sur lequel elle s'appuie, théorie systémique,
psychanalytique ou gestaltique, sans que nous en soyons souvent conscients,
les qualités d'un processus initiatique. C'est que son effet ne peut
être prévu d'avance comme l'est celui d'une intervention
chirurgicale. Ici existe une propre logique de découverte basée
basée sur une interaction entre des pratiques et des croyances, ou
si l'on préfère des rituels et des mythes, qui d'expérience
permet à l'individu d'accomplir un voyage intérieur et de
découvrir ce qu'il ne sait pas demander.
De ce fait, le demandeur d'aide ne demande pas conseil même s'il semble
le faire. Sa demande est plus complexe. Il s'interroge plutôt sur le
fait qu'il lui faut demander conseil, alors qu'à son avis, d'autres
ne le feraient pas. S'il désirait vraiment un simple conseil, il
s'adresserait à un ami ou un expert de la question. Ainsi Pourquoi
ne puis-je gérer mon argent ? n'invite ainsi pas le thérapeute
à aider le demandeur à établir un bilan financier et
á trouver de bons investissements. L'impossibilité d'aimer
ou d'être heureux ne peuvent non être traitées par des
réponses directes.
Le cadre culturel dans lequel s'inscrit toute rencontre psychothérapeutique
indique que l'on place au centre de l'attention des acteurs une souffrance
personnelle qui doit aussi trouver une solution personnelle. Il s'agit d'un
manque qui ne peut être comblé que par une
transformation de celui qui en souffre. Et un tel manque, sans
doute lié à la condition humaine, ne fait que s'accroître
si on essaie de le combler par des artifices, c'est à dire par
l'exportation d'expériences d'autrui. Il est également difficile pour l'intervenant de cerner l'ampleur du manque car comment s'entendre à propos d'une chose que l'un est supposé posséder et l'autre non. C'est faire discuter le problème de la cécité à un voyant et un aveugle. Le voyant devra, comme le psychothérapeute naïf, lutter sans cesse pour ne pas dans une attitude stéréotypée de peur (si l'aveugle refuse de reconnaitre sa cécité), de pitié (si elle le terrasse) , ou d'admiration (s'il en tire une force), sans que cette tentative d'auto-sensure émotionnelle n'améliore en rien, bien au contraire, le vécu et les aptitudes cognitives de l'aveugle.
Il faut donc ici ruser. Ruse qui est de sortir du
déséquilibre fondamental qui règne dans le rapport en
créant un espace de jeu commun où aussi bien le
voyant que l'aveugle peuvent faire des découvertes qui les
intéressent. Cet espace de jeu, ce laboratoire de découverte
s'instaure en institutionnalisant le fait relationnel et lui donnant une
nouvelle structure. C'est le rôle de la convention culturelle que nous
appelons psychothérapie.
Dans cette optique, la structuration de la relation thérapeutique
faite par Freud avec l'introduction du divan et de règles strictes
qui gèrent le dialogue (associations libres, caractère
aléatoire des interventions du thérapeute, perte du contact
visuel) est une ruse sans doute plus essentielle et fondamentale
que la nature et le fondé des interprétations qu'introduira
le thérapeute. Cette structuration conduit à ce que chacun
travaille de son côté de façon non concurrentielle sur
ses capacités cognitives propres. Un partie de ce travail est verbalement
partagée, une autre partie, non la moindre, restera le secret de chacun.
Dans un cadre où, par leur acceptation d'un scénario d'action
commun, les acteurs reconnaissent, dans l'évidence de l'analogique,
la généralité du manque, son ubiquité,
ils peuvent, à des niveaux de responsabilité naturellement
différents, accomplir un travail en commun.
La construction individuelle du savoir passe donc par la participation à
un processus commun d'acquisition du savoir. La cognition propre à
l'individu se développe par la confrontation à d'autres processus
cognitifs. Il s'agit donc de trouver des aires de jeu, des exercices cognitifs
collectifs qui peuvent être proposés, processus où entre
activement le thérapeute sans pourtant se dégager des
responsabilités qui sont éthiquement les siennes.
Dans le travail avec les individus, les couples, les familles et les petites
institutions, nous avons avec l'aide de différentes équipes
développé un certain nombre de protocoles répondant
à ces critères. Il s'agit de situations structurées
où le langage analogique joue un rôle important dans l'échange
d'informations. On évite ainsi de faire reposer l'échange
principalement sur l'emploi du langage digital. Les mots créent facilement
des malentendus si les protagonistes en ont un usage différent ou
tout au contraire des accords superficiels reposant sur la peur de dénoncer
des préjugés courants. Parmi ces protocoles, ou outils analogiques,
signalons la chaise du plus-un, les sculpturations
phénoménologiques et mythiques, les masques,
le jeu de l'oie, le conte systémique, le
génogramme interactif.
Nous avons, pour la simplicité de cet exposé, insisté
sur la singularité de la relation psychothérapeutique par rapport
à d'autres relations humaines, conventionnelles ou intimes. A la relation
psychothérapeutique, s'apparentent d'autres situations relationnelles
qui renvoient elles-aussi à un méta-contexte de transformation
programmée comportant un niveau rituel et un niveau mythique - situations
d'apprentissage, situations d'entreprise. Elles s'inscrivent ainsi dans une
complexité comparable à celle que nous venons de décrire.
Ici aussi, l'idée qu'il n'y a de transformation que dans un processus
cognitif partagé, souvent distinct du problème initialement
présenté, semble valable. Il faudra développer des
stratégies rusées, des protocoles acceptables par les
intéressés qui favorisent les expériences cognitives
partagées, mais non identiques et conduisent à l'émergence
de nouvelles propositions d'action. Références : Familles et thérapeutes - lecture systémique d'une interaction, 2e édition, ESF, Paris, 1991. Un et un font trois - le couple révélé à lui-même. 2e édition, ESF, Paris, 1995. (en collaboration avec Yveline Rey) : Il était une fois la méthode narrative en systémique, 2e édition, ESF, Paris, 1996. Les objets flottants - au delà de la parole en thérapie systémique, ESF Paris, 1994.
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| QU'EST-CE QU'UN REPÈRE POUR L'ACTION EN SITUATION COMPLEXE ? |
Pierre CALAME, Président de la fondation
Charles Léopold Mayer Pour le Progrès de l'Homme
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Il était une fois...
C'est ainsi que tout doit toujours commencer. Il n'est de vrai que les histoires
singulières, de passionnant que les aventures humaines.
Il était une fois vers le début des années 80 une fondation
qui devait repartir à zéro, redéfinir même l'essentiel
de ses buts en disposant de ces deux privilèges si rares de notre
époque : l'indépendance et la durée. J'ai eu la
chance, un coup du destin, de devoir redéfinir cette fondation avec
mon épouse Paulette Calame.
Notre première question a été : de quoi meurt une
fondation ? Car nous étions conscients, en voulant construire
une aventure dans la durée, qu'il était prudent de connaître
la maladie et la mort des institutions du genre de celles que nous avions
à recréer. Une fondation a deux causes majeures de mortalité,
comme toutes les aventures humaines sans doute : soit elles perdent
leurs moyens, soit elles perdent leur sens. Elles perdent leurs
moyens quand le patrimoine, mal géré, s'amenuise d'année
en année et se trouve un jour emporté dans une quelconque tourmente
financière. Et plus souvent encore, elles perdent leur sens quand
l'objet qu'elles s'étaient donné, leur raison d'être,
a disparu. C'est ainsi que beaucoup de fondations se créent dans
l'émotion d'un moment et dans les priorités conjoncturelles
d'une période. Combien de fondations pour la lutte contre la tuberculose
confrontées à la disparition (momentanée) de la
maladie ! Combien de fondations pour la recherche médicale quand
la question de la santé humaine devient si peu une question de recherche
médicale ! Combien de fondations construites autour de l'idée
que le fondateur se faisait du bien commun, ici et maintenant, dont l'objet
se fane comme une fleur.
Nous en avons conclu que notre premier devoir serait de bien gérer
le patrimoine, et notre second de doter la fondation d'un objet éternel,
un objet pour ainsi dire indémodable. Or, si les réponses sont
toujours conjoncturelles dans le temps et dans l'espace, nous avons senti
que les questions, elles, étaient éternelles. Et c'est ainsi
que les orientations de la fondation se sont construites non autour d'un
domaine d'action - tel que la recherche, la santé, le
développement ou les relations Nord Sud - mais sur une
question : comment se fait-il que nous n'ayons jamais été
aussi savants et si puissants, que nous accumulions chaque année des
milliards et des milliards d'informations et de connaissances et que pourtant
l'humanité semble plus incapable que jamais de satisfaire les besoins
les plus élémentaires de ses membres ou de résoudre
ses défis collectifs les plus pressants ?
Cette question comportait en elle-même la double dimension de la
transdisciplinarité et de la complexité mais elle le faisait
pour ainsi dire sans le savoir, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose.
C'est une attitude que nous adopterons de bout en bout : aborder
la complexité par la pratique, quitte éventuellement à
en tirer ensuite des leçons théoriques, plutôt que
l'inverse.
La question portait en germe la transdisciplinarité car elle interpellait
dans son énoncé même la manière de produire la
connaissance et la science : " comment se fait-il que nous n'ayons
jamais été aussi savants ... " : la
manière de réduire la connaissance à un savoir
de laboratoire, à un savoir fragmenté, construit dans des logiques
souvent corporatistes où le jugement des pairs et le repli sur ce
jugement tend à tout moment à privilégier la
spécialité sur l'interdisciplinaire.
Elle portait ensuite en germe la complexité : " pourquoi
ce fossé entre des connaissances scientifiques et des défis
concrets, apparemment simples mais irréductibles à de seules
dimensions techniques ? Comme le chantait autrefois Mouloudji :
" dire qu'il y a des gens qui font terre-lune , lune-terre et que
c'est si difficile d'aller jusqu'à Nanterre ". Aller
jusqu'à Nanterre ce n'est pas un problème d'existence du RER.
C'est bien entendu partir des problèmes de Nanterre.
Partir de " l'aval ", non des connaissances mais des défis
du monde. Partir du monde, partir de l'action. Deux principes d'apparent
bon sens mais aux conséquences pour nous incalculables.
Premier principe, partir du monde, opter pour le réalisme
plutôt que pour l'idéalisme. Voilà une petite institution,
une petite fondation, le soixantième à peine de la fondation
Ford, qui semble à force de réalisme bientôt prise de
vertige. Moins de 40 millions de budget annuel, moins de 20 personnes mais
un engagement dans tous les continents, des liens avec des milliers de
partenaires un peu partout dans le monde, des thèmes de travail et
d'action immenses et divers et, last but not least, l'appui à la naissance
et au développement d'une Alliance pour un Monde Responsable et Solidaire
qui prétend rien moins que de contribuer, dans le respect de la
diversité des cultures, aux mutations que va connaître notre
monde dans les 50 prochaines années pour passer d'un système
productiviste, condamné par les crises qu'il fait naître, à
un nouveau monde à inventer !
Réalisme avez-vous dit que tout cela ? Bien entendu. Parce que les
défis réels du monde sont là et que nous n'y pouvons
rien. Parce que la question de l'exclusion sociale ne peut pas s'aborder
à l'échelle d'un seul pays, avec un seul angle de vue. Parce
que la transformation du monde paysan chinois est directement en relation
avec les politiques agricoles européennes et américaines. (...).
Et enfin parce que ces défis se renvoient les uns aux autres. Ce
caractère inséparable du micro et du macro, cette
interdépendance planétaire qui fait que, de manière
de plus en plus évidente, nous sommes sur un même bateau, ne
sont pas le fruit de l'imagination délirante d'un mégalomane,
c'est l'évidente réalité quotidienne. L'idéalisme
, c'est au contraire de ne vouloir voir du monde
que la projection de notre propre image sur lui. C'est vouloir découper
dans le monde, parce que l'on est petit, au seul motif que l'on est petit
et que l'on n'a pas envie de se relier aux autres, une sorte de petit
périmètre qui soit notre ombre portée sur le monde,
un petit créneau d'excellence où l'on puisse agir dans le cadre
douillet d'une pensée balisée et d'une compétition
réduite à des semblables. (...).
Deuxième principe, partir de l'action. Nous avions,
dans la première époque de la fondation, entre 1983 et 1989,
décidé de soutenir des projets ponctuels - nous y avons
renoncé depuis 1990 pour des raisons que j'évoquerai - mais
des projets qui s'efforçaient de faire le lien entre la production
de connaissances et l'action. Et, pour matérialiser ce lien, nous
avions coutume dans les conventions avec nos partenaires de poser trois questions
rituelles : comment avez-vous, dans le cadre de votre action, utilisé
les connaissances scientifiques disponibles ? Quelles connaissances
avez-vous produites à partir de l'action ? Quelles questions
votre action renvoie t-elle à la recherche ? Nous avons bien
vu alors que les questions n'étaient jamais, ne pouvaient jamais
être monodisciplinaires. On peut dire sans forcer le trait qu'à
notre époque les connaissances spécialisées ne manquent
jamais. Par contre, les questions vraies, dans l'action, sont toujours
profondément interdisciplinaires, transversales. Et cela pour
une raison bien évidente. Nos sociétés sont des
systèmes bio-socio-techniques. C'est-à-dire qu'elles associent
de façon inséparable trois grandes dimensions : ce sont
des systèmes bio-écologiques, où les rapports
d'une société avec la biosphère sont, au final,
décisifs ; ce sont des systèmes techniques parce
que les techniques occupent un si grand rôle dans le monde actuel que
leurs logiques même de fonctionnement et de développement
façonnent les sociétés ; ce sont enfin des
systèmes socio-politiques où les mécanismes
culturels, institutionnels, économiques, politiques sont essentiels,
où les systèmes symboliques sont aussi décisifs que
les lois de la matière. Dès que l'on part de l'action, quand
on tire un fil c'est tout l'écheveau qui vient. En tant que fonctionnaire
au Ministère de l'Equipement, j'avais eu la chance, notamment dans
le Nord de la France, d'avoir à gérer un territoire. Rien ne
m'avait paru plus passionnant dans la vie professionnelle que d'avoir
précisément à partir des réalités d'un
territoire : pour cela compréhension des régulations
politiques et connaissance de la mécanique des fluides étaient
également indispensables.
Cette approche à partir des questions, à partir du monde et
à partir de l'action, a défini au fil des années l'histoire
de la fondation, ses objets, ses méthodes et son mode de gestion.
La première conséquence de nos intuitions fondatrices fut de
définir la fondation comme une aventure humaine collective,
une histoire singulière plutôt que le résultat de plans
arrêtés à l'avance. Histoire singulière ne signifie
pas le cheminement au hasard, errance sans but. Bien au contraire, à
partir des finalités que nous nous étions données, nous
disposions en quelque sorte d'une boussole pour nous guider. C'est ainsi
que dès 1986, nous avons commencé une série, " la
fondation en chemin " qui en est bientôt au 6ème numéro.
Cette fondation en chemin fait un choix de méthode plutôt qu'un
souci un peu narcissique de laisser des traces et, oserais-je dire, un choix
éthique.
Dès lors, en effet, que nous nous intéressions aux relations
entre la réflexion et l'action, c'est chez nos partenaires la
trajectoire qui nous intéressait, les mille manières
dont cette relation s'était trouvée alternativement abordée
et esquivée. (...). Ce qui nous intéressait, en effet,
c'était de comprendre comment leur propre aventure humaine s'était
déroulée et ce qu'ils en avaient appris. C'est la réflexion
sur cette aventure qui nous importait, la compréhension des bifurcations,
la manière dont l'intention de l'acteur s'était heurtée
à la réalité des choses et, comme une eau courante,
avait cheminé dans ses interstices, mariant au jour le jour les objectifs
poursuivis et les contraintes rencontrées. En un mot, là où
la plupart des bailleurs de fonds leur demandaient de rendre compte de la
conformité de l'action menée à des objectifs définis
à l'avance et comme extérieurs à la réalité
dans laquelle ils devaient s'insérer, nous leur demandions au contraire
de capitaliser leur expérience, de transformer
l'éphémère de l'action en un durable de
l'expérience.
De ce fait, nous étions nous mêmes renvoyés à
cette même exigence éthique de capitalisation. Le souci de rendre
compte des traces de l'aventure, sans préjuger dans l'instant de l'usage
qui en serait fait par nous ou par d'autres, à court ou à long
terme, nous a guidé en permanence. Ce souci éthique et
méthodologique eut une autre conséquence. Nous fondions au
départ beaucoup d'espoir sur la qualité des rapports écrits
de nos partenaires et sur la possibilité de trouver dans ces rapports
écrits des leçons fondamentales sur les relations entre la
recherche et l'action. Nous dûmes vite déchanter. Cette
désillusion venait parfois du fait que les partenaires ne prenaient
pas au sérieux nos questions, quoiqu'elles fussent consignées
dans les conventions passées avec eux. Ils étaient habitués
à une certaine forme de langue de bois chez les bailleurs de fonds,
à ces phrases convenues... qu'il est également convenu de ne
pas prendre au sérieux (on m'a dit, de source sûre, qu'à
la Banque Mondiale le traitement de texte et les " macros "
étaient bien commodes pour parsemer les contrats de phrases politiquement
correctes !). Mais la source la plus fréquente de désillusion
tenait à la difficulté de nos partenaires de prendre une
réelle distance critique par rapport à leur action, d'enfermer
l'éphémère dans des phrases. L'aller et retour permanent
entre l'action et la réflexion, pourtant si évidemment
nécessaire en principe, était exceptionnel. Exceptionnel parce
qu'il génère du doute et de l'anxiété. Il est
psychologiquement plus confortable de s'enfermer soit dans un activisme à
répétition soit dans le silence des laboratoires, l'un et l'autre
assurant le même auto-enfermement sécuritaire. Quel contraste
en effet, découvrions nous, entre la richesse des propos tenus dans
le cadre d'un dialogue informel, plus ou moins dialectique, où nous
poussions nos partenaires, souvent devenus amis, dans leurs retranchements
pour qu'ils nous livrent les parcelles de réalité, et la forme
convenue des " rapports d'évaluation " aux bailleurs de
fonds ! Ce contraste nous a imposé une méthode. Dès
lors que la fondation ne serait riche que de ses dialogues, dès lors
que ces dialogues n'apparaîtraient jamais dans le rapport écrit
de nos partenaires, il nous appartenait de notre côté de capter
cet éphémère pour un jour en consolider les acquis.
Nous en vînmes rapidement à nous considérer comme une
sorte de filtre collectif, un outil de construction de l'intelligence collective,
cherchant sans relâche à trier, inventorier, stocker, exploiter.
C'est ainsi que dès 1986 nous mîmes au point ce que l'on a
appelé nos " fiches de suivi ". Ce sont en quelque
sorte les mailles de notre tamis.
(...)
Comment ne pas devenir fou quand dans une petite équipe on aborde
des sujets aussi divers, aussi vastes et avec un si grand nombre de
partenaires ? Dans l'histoire de la fondation, une question est revenue
sans cesse : ne faudrait-il pas focaliser plus notre action ? A
l'évidence un seul des thèmes de travail de la fondation suffirait
amplement à absorber l'énergie d'organismes bien plus gros
qu'elle. Pourquoi alors vouloir tant embrasser ? Le proverbe populaire
" qui trop embrasse mal étreint " ne s'applique-t-il pas
très précisément à la fondation ? Nous avons
toujours résisté à cette tentation précisément
parce que nous avions l'intuition, confirmée au fil des années,
que c'était la relation entre les domaines qui au bout du compte
apporterait la plus grande valeur ajoutée. Encore faut-il que cela
soit vivable pour une petite équipe et que derrière le beau
discours sur la mise en relation ne se développe pas simplement une
dizaine de petites équipes indépendantes, si absorbées
dans les questions dont elles ont la charge et dans les relations avec leurs
propres réseaux de partenaires qu'elles ne trouvent guère de
temps ou d'intérêt à dialoguer entre elles.
Nous avons mis au point pour faire face à ce risque trois outils
simples : la gestion d'une mémoire collective,
déjà citée à propos des fiches de suivi, et qui
assure la cohérence non par des organigrammes ou des structures mais
par une mémoire partagée ; les rythmes hebdomadaires
et annuels qui comportent les réunions d'équipe hebdomadaires
et les deux périodes sabbatiques annuelles de quinze
jours, obligeant en quelque sorte à une transversalité
vécue ; la comptabilité analytique qui amène
à regarder les dépenses sous trois angles à la
fois : l'objectif poursuivi, le type de politique utilisée
et la nature de la dépense.
Systèmes bio-socio-techniques, trois voies pour l'Alliance pour un
Monde Responsable et Solidaire, comptabilité analytique saisie selon
trois dimensions : on pourra tirer les leçons que l'on voudra
de cette répétition du ternaire mais elle a en tout cas une
valeur évidente : l'obligation de regarder en permanence la
réalité sous au moins trois faces. |
| REPÈRES DANS LA CONSTRUCTION DE COGNITION COLLECTIVE |
Armand COLAS, Expert Facteurs Humains, Parc
Nucléaire EDF
|
| 1 LA " COGNITION COLLECTIVE ", UN CONCEPT
A DEVELOPPER
Les bases qui prévalent dans les esprits en matière d'organisation
et de management dans l'industrie française (et plus largement), demeurent
davantage marquées par les réminiscences de l'Organisation
Scientifique du Travail que par l'idée de compétence collective
dont chaque acteur détient une partie. Les déterminants de
la pensée actuelle demeurent fondés sur l'organisation, la
planification, la synchronisation prévisionnelle des activités,
les règles, les normes, les spécifications, les doctrines,
les procédures opératoires, les habilitations. Les concepts
forts qui se déduisent de ces idées sont: la maîtrise
des opérations, l'Assurance Qualité, la rigueur et la discipline
dans l'application des schémas d'organisation et des modalités
opératoires. Le système est pensé et organisé,
conjointement par les manageurs et les experts. C'est eux, et presque
exclusivement eux qui sont détenteurs de la " connaissance
validée et légitime ". Les opérationnels sont
destinées à être formés pour acquérir cette
connaissance validée, pour être informé des schémas
d'organisation à mettre en oeuvre, pour être
" surformés " à la connaissance des règles
et des procédures. Les principaux défauts par rapport à
la maîtrise de la sûreté de l'exploitation des installations
à risques (dont les centrales nucléaires constituent le coeur)
ont leurs racines dans un manque d'organisation, de méthode et de
rigueur à tous niveaux, mais principalement dans les activités
d'exploitation au quotidien. Ce constat renforce l'idéologie dominante
de la recherche permanente et de plus en plus précise de l'organisation,
de plus de précision dans les règles de sûreté
et plus généralement dans les règles de l'art de
l'exploitation. Dans un tel univers, la mise en " Qualité
Totale ", structurée par des processus formels et
détaillés, se dessine comme un idéal à viser.
Exploiter des installations complexes et à risques conduit à
recruter des personnels d'exploitation ayant déjà de bonnes
bases de connaissances, choisis avec précaution et bien
préparés à exercer leurs activités avec de bons
standards de qualité. La confrontation d'une approche organisationnelle
maîtrisée, centralisée, voire un tant soi peu
" totalitariste " avec des personnels opérationnels
compétents et motivés, a été difficile. La
conciliation entre ces deux approches, opposées sur plusieurs points,
constitue un élément fort de la " quadrature du cercle "
qu'il faut résoudre aujourd'hui, pour que chaque partie (en simplifiant)
trouve à la fois, suffisamment d'angulosité pour les uns et
de rondeur pour les autres. Le concept de " cognition collective "
(ou distribuée selon les auteurs) constitue un schéma de
réflexion qui devrait pouvoir largement aider à asseoir de
meilleures bases permettant de concilier les grand principes qui fondent
l'organisation, le management, la fiabilité des activités humaines,
le professionnalisme et l'engagement des opérationnels.
2 APPLICATIONS DANS L'EXPLOITATION DES CENTRALES NUCLEAIRES
La complexité technologique d'une centrale nucléaire, celle
des règles de sûreté à mettre en oeuvre,
l'étendue et la diversité des installations qui concourent
à produire l'électricité et à assurer le traitement
de tous les produits du site, ... sont telles que la connaissance globale
est dispersée entre des entités vastes: Framatome, Alsthom,
les autres entreprise d'ingénierie, la Direction de l'Equipement de
EDF, maître d'oeuvre de l'ingénierie technique et de la construction
des nouveaux ouvrages, les Autorités de Surveillance (Direction de
la Sûreté des Installations Nucléaires, Institut de
Protection et de Sûreté Nucléaire, Office de Protection
contre les Rayonnements Ionisants, ...), le Parc Nucléaire (exploitant
national), le site (exploitant local), les équipes
spécialisées d'intervention, etc., etc. A titre d'exemple,
deux cas sont évoqués, l'un se situant dans la logique
" organisation formelle ", l'autre dans une logique relevant davantage
de la " contribution des acteurs de terrain, dans leur
métier ".
2.1 Le traitement des interventions de maintenance en fonctionnement
Pour une part les interventions de maintenance sont faites alors que la centrale
est en fonctionnement. Les décisions d'intervention obéissent
à des priorités en fonction des incidences sur la
sûreté, sur la production et les baisses de charge éventuelles
qui s'avèrent nécessaires, de la disponibilité des
intervenants (certaines interventions nécessitent des habilitations
particulières), des rechanges ou ingrédients nécessaires
et qualifiés, le cas échéant, des conditions d'accès
en zone radioactive, des conditions générales de
sécurité, d'éventuelles préparation des accès
ou de mise en place de protections sur les chantiers, de problèmes
éventuels de logistique (moyens de manutention, échafaudages,
outillages spéciaux dont certains sont " collectifs " au
parc national), et plus globalement de toutes les autres contingences qui
peuvent exister au cas par cas. L'inventaire des conditions et contraintes
nécessite une connaissance étendue, diversifiée et
conjoncturelle. Le fonctionnement du réacteur exige une défense
en profondeur codifiée par les règles de sûreté
(plusieurs niveaux de système de secours des alimentations
électriques, en fluides de réglage du réacteur, en
alimentation du contrôle commande, cumuls incompatibles
d'indisponibilité de systèmes de secours, limitation des cumuls
même quand ils sont compatibles,...). D'autres interventions en cours
ou programmées, des pannes fortuites,... peuvent entraîner des
indisponibilités de systèmes. Les décisions ne peuvent
être prises qu'en rassemblant, dans le même endroit et au même
moment (tous les jours, à la même heure), l'ensemble des personnes
ayant la connaissance et les informations conjoncturelles nécessaires
à l'examen du problème. Pour des raisons de facilité
et d'urgence, les positions arrêtées sont enregistrées
en temps réel par le secrétaire de séance sur un
micro-ordinateur et communiquées immédiatement à tous
les services concernés par le réseau informatique interne.
2.2 Les actions de renforcement de la qualité des activités
d'exploitation Depuis plusieurs années, la scrutation systématique des sources de dysfonctionnements au regard des exigences de sûreté fait apparaître qu'environ 60% des causes imputables aux " facteurs humains " relèvent des méthodes de travail et de l'initiative individuelle ou collective des personnels en charge de réaliser les activités: comment on se prépare avant de commencer une manoeuvre ou une intervention, synchronisation en temps réel, échanges d'informations et de demandes, pratique de prudence, de vérification et d'autocontrôle, pratique du fait/contrôle (l'un fait, l'autre vérifie et surveille le conformisme aux règles et à l'A.Q.),.... Ce domaine peut difficilement être couvert par les principes formels d'organisation, sauf à décréter les manières de faire, ce qui serait de peu d'efficacité! A cette manière de poser le problème, s'ajoute le besoin de recouvrer un espace ouvert de travail dans lequel des techniciens compétents, bien formés et motivés peuvent investir leur intelligence, leur expérience et leur capacité créative. La politique facteurs humains du Parc Nucléaire a retenu des points de travail, en équipe constituée, avec son management de proximité, autour de l'idée d'autodiagnostic ou d'autoévaluation. Ces séances visent à faire connaître les problèmes du point de vue des opérationnels et à faire participer les acteurs de terrain à la recherche de solutions, mises au point avec eux, validées et acceptées par eux. C'est aussi la seule manière véritable de travailler sur les fonctionnements individuels et collectifs. C'est une forme d'intégration des connaissances pratiques d'exploitation, des us et coutumes, des règles de l'art. C'est aussi une manière de considérer la " cognition collective ".
|
| REPÈRES DANS LES PROCESSUS D'ACCOMPAGNEMENT |
Christine COLLADO, Maison Familiale de Cerisy
Belle Etoile
|
L'Association de la Maison Familiale de Cerisy Belle Etoile dans laquelle
je travaille depuis 10 ans se situe dans le bocage omais. C'est un
établissement horticole préparant des élèves
à un C.A.P.A.; B.E.P.A. et Bac. Professionnel. La pédagogie
de l'alternance (1 semaine à la Maison Familiale Rurale et 2 semaines
en stage chez un professionnel) adoptée dans les Maisons Familiales
Rurales a comme principe que la formation ne se réalise pas qu'à
la Maison Familiale mais aussi dans le travail, dans la vie. Le temps de
stage est un des points de départ de la plupart des actions de formation.
Le référentiel professionnel est étudié avec
soin pour que l'expérience acquise en stage sous la responsabilité
d'un maître de stage soit reprise par les moniteurs au cours des temps
de regroupement à la Maison Familiale.
Le champ d'expérience La pratique d'accompagnement des élèves. La particularité de la pratique d'accompagnement est dans l'articulation étroite de " 1'écouter - proposer " tout en permettant une ouverture sur l'environnement extérieur de l'élève. Nous accompagnons plus précisément " la relation de l'adolescent à son projet ". La pratique d'accompagnement se place d'emblée au coeur d'un réseau de personnes ressources (maîtres de stage, équipe de travail, parents, équipe éducative). Notre action pédagogique consiste à favoriser les interactions entre les différentes parties pour que chacun puisse recevoir et apporter ses connaissances. Dans notre système d'apprentissage qui prend en compte le développement de la personne, il doit y avoir compénétration effective des milieux de vie socioprofessionnelle, familiale et scolaire. L'alternance intégrative suppose donc une étroite connexion à tous les niveaux du champ éducatif. L'accompagnement des élèves est un type d'intervention à privilégier car il nous permet de mieux vivre notre métier d'accroître l'évolution de notre système, d'en faire bénéficier les élèves en priorité, de fournir des informations et surtout de faire une analyse plus fine et plus précise des besoins en formation de nos élèves.
Les outils didactiques et les méthodes pédagogiques mis en
place dans le contexte de l'alternance intégrative revêtent
un caractère essentiel pour aider l'élève à
développer des démarches de formation autonome.
Le plan d'étude est le point de départ d'une recherche action
sur un thème en paysage, conduite par chaque élève.
C'est un questionnaire construit par nos soins élaboré pour
chaque période en situation professionnelle. Cette recherche technique
n'est alors qu'un des vecteurs de l'apprentissage car les élèves
pourront intégrer grâce à cet outil par la suite une
multitude de nouvelles notions théoriques. Ils expliqueront à
la manière d'un rapport leurs découvertes, leurs actions, leurs
réflexions. Il importe qu'il n'y ait pas de dissociation entre la
formation générale et la formation professionnelle. Cette
articulation est généralement gérée par des
activités englobant les deux lieux de formation. D'ailleurs les modules généraux (maths, français, biologie végétale) deviennent utiles pour nos élèves en étant associés à des questions socioprofessionnelles. Ainsi les connaissances moins familières pour nos élèves deviennent-elles réponses à des questions pratiques sur le terrain.
Cet outil devra être en permanence, réajusté,
transformé, réinventé, il permet à
l'élève d'entrer dans le monde de la connaissance avec toute
la rigueur l'esprit critique nécessaires pour la recherche des
informations.
Chaque élève présente son document de travail concernant
le plan d'étude, correction de la forme, repérage des
problèmes liés à l'expression écrite, discussion
de la pertinence de la présentation du sujet et du contenu. Tout un
travail sur l'écoute et sur la parole deviennent fondamentaux. Le
moniteur a dans cette activité un pouvoir d'entraînement, s'il
s'implique, s'il pratique une écoute emphatique, s'il transmet
ponctuellement des connaissances, fait des évaluations, il peut influencer
les élèves dans le but de créer une ambiance favorable
à l'expression des différences. Lors de cet entretien individuel,
l'important est de renvoyer l'élève à lui-même,
de le relier à ses informations intérieures et de renforcer
ou de remettre en cause ses structures mentales pour qu'il se questionne
et trouve des éléments de réponses à ses propres
questions. Ces discussions lors de l'entretien individuel concernant le projet
du jeune et son travail réalisé constituent un terrain permanent
de rencontre moniteur - élève. Tout ce travail nécessite
l'existence entre les élèves et le ou les moniteurs une certaine
qualité de relation et la personnalité propre du moniteur ne
peut en aucun cas être exclue. Elle est inévitablement un instrument
de travail au même titre que ses connaissances et son savoir-faire
tous deux intégrés à sa personne.
L'expression et la communication sont des composantes essentielles de la pédagogie de l'alternance. Après notre entretien individuel avec chaque élève, nous effectuons une mise en commun orale des activités de stage. Les élèves sont invités chacun leur tour, à présenter, à partager, à être acteur, à analyser leur vécu de stage.
La résonance entre les individus peut alors se produire et faciliter
l'implication, personnelle. Cette technique permet souvent de faire monter
l'énergie du groupe, de créer une ambiance de "cocotte minute
" qui ensuite facilitera le travail individuel de chacun.
Conclusion
Notre dynamique de l'alternance semble s'inscrire dans la logique
piagétienne "réussir - comprendre". Le jeune est impliqué
dans des actions réussies (savoir-faire en entreprise) qui sont prises
en compte, accompagnées, prolongées, valorisées dans
une réflexion commune et qui l'amènent à traduire ses
actions en pensées. L'élève a besoin d'avoir un regard
objectif sur la manière dont il fait ses expériences, sur son
cheminement, ses progrès, ses détours, ses raccourcis, il a
aussi besoin surtout lorsqu'il piétine, d'être aidé,
encouragé, soutenu, estimé pour ce qu'il est. L'élève
qui apprend donne à certains moments beaucoup de lui-même, il
prend des risques, dépense parfois une énergie considérable
et une contrepartie (reconnaissance, estime) doit pouvoir lui être
rendue pour qu'il progresse. |
| REPÈRES DANS LES PROCESSUS D'ACCOMPAGNEMENT |
Roger DECLERCK, ESC Lille, Directeur CIMAP
|
Roger P. Declerck, essentiellement de culture anglo-américaine, a
passé sa vie professionnelle comme analyste, ingénieur directeur
de projets, consultant international dans les domaines de projets industriels,
miniers et d'infrastructure pour des firmes multinationales, l'US-AID et
la Banque Mondiale, où il a été Senior Advisor. Pour
des raisons qu'il ne s'explique pas encore il a été, à
diverses époques professeur aux Etats-Unis, au Canada et en France.
Il dirige actuellement le CIMAP à l'ESC-Lille.
1.- Qui accompagne l'accompagnateur? Je ne suis pas psychanalyste, mais j'ai eu l'occasion de collaborer sur des projets Européens et Banque Mondiale avec divers psychanalystes, par exemple Maccoby et Eliot Jaques. Longtemps après, je me suis posé deux problèmes: a.- en quoi diffèrent un leader et un accompagnateur?
b.- pourquoi l'accent quasi exclusif sur l'importance presque obsessionnelle
soit sur les "relations humaines", soit sur "les relations sujet-objet"?
Quid des dimensions "temps", "durée", "fréquence",
"intensité", "suspensions et ruptures"; et ce particulièrement
dans le cas des projets dont les équipes ont comme caractéristiques
fondamentales (i) d'être des groupes temporaires et (ii)
d'être constitués de deux sous-cultures presque antinomiques:
les décideurs process oriented, simplificateurs et les
chefs et équipes de projets praxis oriented,
complexificateurs.
2.- The loneliness of the long distance runner. J'ai traité ailleurs de ce sujet et je rédige un nouvel ouvrage qui a l'ambition de traiter à fond de ces sujets. Je compte beaucoup en fait sur les échanges qui pourront avoir lieu à Poitiers pour me permettre d'apprendre et de me corriger éventuellement. Aussi, je me limiterai ici à quelques résumés de ce que je crois être des axes majeurs dans ce domaine. Les modalités de leadership et d'accompagnement diffèrent dans les phases virtuelles (conception, formulation, décision) et réelles (exécution, montée en puissance, post évaluation) de la "trajectoire" d'un projet. Le projet est une démarche scientifique, constructiviste d'analyse et de travail sur la nature; une construction sociale de la réalité. Mais qui construit quoi; qui construit qui; qui se construit? La démarche de projet est une démarche complexe, avec de nombreux feed back et feed forward; l'on néglige souvent dans la littérature de mettre en évidence que cette démarche est ponctuée de pauses, d'arrêts brutaux imposés par l'un ou l'autre des stakeholders, par des chocs de l'environnement, et, au niveau des équipes, par une sorte de fatigue, une saturation pesante des "relations". C'est alors que s'impose une retrait, un isolement, une solitude, en particulier du chef de projet. Que d'exemples à citer, mais pas dans la littérature professionnelle! Nous rappelons ici les travaux de H. Gardner, d'Anthony Storr et de D.W. Winnicott, sur la base desquels et de notre expérience, nous nous permettons d'offrir les propositions suivantes:" a.- Le retrait apériodique, le passage en solitude, contingent du "leader" est une technique paradoxale d'accompagnement de l'équipe. b.- Tout bon leader, accompagnateur s'aménagera des périodes de solitude en développant une sensibilité à ses propres besoins et à ceux de son équipe.
c.- Un des critères de choix des leaders, accompagnateurs devrait
prendre en compte la "capacité à la solitude".
3.- "N'oublions pas Mme Freud!" Cette capacité à la solitude, nous disent les auteurs précités, dérive, en particulier d'expériences heureuses de "solitude avec un autre" (la mère p.ex.) qui sécurisent, donnent une force très particulière.
Dans les projets internationaux, caractérisés par la coexistence
d'expatriés et de nationaux typiquement culturellement très
différenciés; par la prédominance (de mon temps comme
on dit!) d'hommes dans les positions d'autorité et de femmes qui ne
peuvent généralement pas "travailler" et dont les loisirs et
les contacts sociaux sont souvent très limités, le problème
des "couples" se pose de façon critique, parfois dramatique. Y aura-t-il
des Mmes Freud qui pourront accueillir, partager les expériences des
solitaires temporaires. Nous parlons ici de l'antithèse d'une relation
de folie à deux (rencontrée hélas parfois dans des
projets en crise). Au contraire, dans cette solitude à deux, qui n'est
pas nécessairement silence, mais souvent monologue, le chef de projet
qui est à la fois un "dramatist et un "patterner" à la H. Gardner,
peut réinventer le récit mobilisateur du projet, reconstituer
la trame et les structures logiques et techniques (patterns) de la praxis
pour les faire partager, avec modulations, par ses équipes lorsqu'il
sortira de cette solitude fertile. When from our better selves we have too long Been parted by the hurrying world, and droop, Sick of its business, of its pleasures tired,
How gracious, how benign, is Solitude. |
| QU'EST-CE QU'UN REPÈRE POUR L'ACTION EN SITUATION COMPLEXE ? |
Robert DELORME, Université de Versailles,
CEPREMAP
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| 1 - Préliminaires
1.1 Situation complexe (SCX) et situation non complexe (SNCX). Une situation dénote la composition d'un système et de son environnement. Elle relève d'un projet à propos d'un objet dans un champ cognitif et d'expérience. Une situation est complexe pour un acteur s'il ne lui est pas possible de parvenir à un résultat de l'action compatible avec un degré de satisfaction qu'il se donne ou que lui impose l'environnement externe. En situation complexe le résultat obtenu correspond rarement à l'effet recherché initialement. Les conséquences peuvent être totalement inattendues. En SCX, il faut s'attendre à l'inattendu !
La complexité est relative. Elle relève de la relation entre
sujet et objet. Ainsi la cervelle d'agneau est en principe un objet simple
pour le boucher mais très complexe pour le neuro-biologiste. Toutefois
même dans ce dernier cas il existe une gamme d'opérations courantes
d'expérimentation ou d'observation pour lesquelles des résultats
satisfaisants pour le neuro-biologiste peuvent être obtenus. Dans ce
cas, il existe des outils permettant d'atteindre un but donné. La
situation est alors non complexe, c'est-à-dire simple ou
compliquée et peut en principe être traitée
analytiquement de manière satisfaisante par un opérateur
compétent dans son activité. La complexité désigne
un manque irréductible de connaissance contingent à un projet,
dans une activité donnée, et pour un état des connaissances
donné dans cette activité. 1.2 Agir et décider.
L'action est le concept de base de la modélisation systémique.
Et nous disposons d'une riche modélisation du processus de décision
des systèmes complexes (H-A. Simon, J-L. Le Moigne). Le modèle
archétype du système complexe articule récursivement
les sous-systèmes opérant, d'information et de décision.
Le système de décision décrit lui-même un processus
d'élaboration des décisions, informé par un principe
d'action intelligente dans un schéma d'intelligence, conception et
sélection (ICS). Le modèle canonique de la décision
synthétise ces aspects (J.L. Le Moigne, La modélisation
des systèmes complexes, Dunod, 1990).
La modélisation de la décision en systèmes complexes
apporte bien un remède à ce qui est perçu comme une
indifférence des théories normatives et analytiques de la
décision à la complexité du processus d'élaboration
des décisions (I et C et non plus seulement S). Mais il demeure sans
doute à prolonger cette modélisation en direction de l'action.
Ne trouve-t-on pas là une raison de la question des repères
pour l'action en situation complexe posée dans cet atelier ?
Cela invite à méditer le lien et la différence entre
la décision et l'action. Si décider, c'est élaborer
et arrêter ce qu'on doit faire, l'action ne se réduit pas à
l'exécution, au faire consécutif à la décision :
élaborer, arrêter un choix, mobilisent la faculté d'agir
et pas seulement une pure faculté de penser et de dire. L'action enveloppe
la décision. Et elle engage dans la durée et donc, en situation
complexe, dans l'interaction. L'agir en situation complexe est un
déroulement d'actions, de décisions, d'indécisions,
de réactions d'autres acteurs, en dynamique et en interaction. Il
est une marche d'actes physiques et symboliques récursivement liés.
L'acte est la manifestation de conduite par laquelle l'acteur passe de la
tendance, impulsive ou réfléchie, et de l'intention, à
sa réalisation. C'est dans et par l'action que se révèlent
les obstacles sur le chemin qui se construit en
marchant . Si le chemin se construit en marchant, alors l'action
est la marche par laquelle se construit le chemin. 1.3 Le poste d'observation. Les concepts et les méthodes, tout est fonction du domaine d'expérience ; toute la pensée scientifique doit changer devant une expérience nouvelle ; un discours sur la méthode scientifique sera toujours un discours de circonstance, il ne décrira pas une constitution définitive de l'esprit scientifique . (G. Bachelard, Le nouvel esprit scientifique, PUF 1987 (1934) p.139).
L'agir en situation complexe peut-il échapper à ce que G. Bachelard
dit de la méthode scientifique ? Notre propos antérieur
suggère une réponse dans le caractère relatif de la
complexité, contingent au projet dans un domaine d'expérience.
Il faut donc, pour espérer dire quelque chose sur des repères
concernant le faire en SCX, partir du faire de l'expérience située
et de ce qu'il permet de dire. L'expérience en SCX est infiniment
plus riche que tout discours sur elle. Or on ne peut pas échapper
au discours sur l'expérience. Il conviendra alors que ce soit un discours
informé par elle. 2. Repères
2.1 Soit trois niveaux d'action en situation complexe. Le niveau
individuel ; celui de l'organisation en tant qu'acteur, et celui de
la société. Mon expérience porte sur le premier et le
troisième niveaux . Sur le premier en tant que théoricien du
rôle de l'Etat en économie, j'ai eu à gérer un
problème d'action de recherche en situation complexe. Sur le
troisième, j'ai animé un groupe international de recherche
sur les transformations économiques dans les pays d'Europe centrale
et orientale, dont les travaux ont été publiés dans
R. Delorme (dir.), A L'Est, du nouveau, L'Harmattan, 1996. L'exemple
de la politique économique gouvernementale de la Russie, traité
dans ce livre, constitue un cas difficilement contestable d'action en situation
complexe ! Enfin je me fonde pour le deuxième niveau sur la
littérature relative à la gestion de l'entreprise dans la
complexité. Existe-t-il des traits communs à ces niveaux,
liés à la situation complexe en propre, suffisamment robustes
et récurrents pour qu'on puisse envisager d'en faire des repères
pour l'action en situation complexe ? Des traits communs sont déjà offerts par le modèle canonique ICS de décision en situation complexe. Il propose un fondement méthodologique général précieux. Mais le faire qu'il constitue au plan méthodologique devient du dire au plan aval, celui de la théorisation et de l'action : entre le dire du modèle canonique de décision et le faire de l'acteur en situation complexe, il y a l'épaisseur de l'action.
Une première stratégie raisonnable pour jeter un pont vers
l'action en partant du socle de la décision est de spécifier
d'une manière plus détaillée, plus précise, plus
déterminée, mais aussi plus risquée, chacun des moments
du modèle canonique et d'aller au-delà. Une deuxième
stratégie est de faire apparaître les différences par
rapport à l'action en situation non complexe. Une troisième
voie est d'établir une liste des ne pas , des
injonctions sur ce qu'il faut éviter de faire en situation complexe.
Nous nous limitons pour des raisons d'espace aux deux premiers aspects,
présentés sous forme résumée. 2.2 Moments
Un moment clé est la reconnaissance de la situation : complexe
ou non complexe. Cela suppose en amont, la conscience de ce que peut être
une situation complexe et donc de maîtriser sa propre volonté
de maîtriser un problème substantiel. Cela suppose également
en amont de connaître l'histoire du système dont procède
la situation. Lorsque la situation est reconnue complexe, le premier moment
à l'aval est contre-intuitif : complexifier d'abord pour pouvoir
éventuellement simplifier ensuite. Cohabiter, co-évoluer, choisir,
mettre en exécution, suivre en exécution, se préparer
aux retours récursifs de ces moments, à accepter l'inattendu,
à accepter le satisficing, à faire s'exercer une cohérence
récursive du système, émergent comme moments
repères. 2.3 Différences Par rapport au schéma analytique, qui est sans doute le plus représentatif de l'action en situation non complexe, six différences se détachent : l'action en SCX est par essence interaction ; le résultat substantiel échappe en grande partie aux intentions ; l'agir en SCX est lui même complexe ; la cohérence récursive est le critère de validité ; l'asymétrie : le complexe, puis le simplifié, non pas le complexe comme complément du non complexe ; l'attention à l'action sur l'action elle-même, c'est-à-dire aux propres conditions de possibilité en SCX.
Par rapport au modèle canonique de décision en SCX deux traits
créent la différence essentielle : d'une part l'interaction,
d'autre part les conditions de possibilité de l'action en SCX. |
| REPÈRES DANS LES PROCESSUS D'ACCOMPAGNEMENT |
Philippe DESHAYES ; LAREA (UMR LOUEST 7544 CNRS)
& École Centrale de Lille.
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| Le processus d'accompagnement dont il sera question
est celui mené dans le cadre de l'Ecole Centrale de Lille depuis la
fin des années 80, moment à partir duquel s'est enclenchée
une dynamique d'évolution et de profondes transformations dans son
approche de la formation d'ingénieurs généralistes.
Impulsée au départ par l'incitation à des innovations
pédagogiques sectorielles, cette première dynamique s'est vite
trouvée confrontée à la nécessité d'un
changement beaucoup plus radical du regard porté sur le système
de formation dans toutes ses dimensions : programmes, pédagogies,
didactique, gestion, organisation, etc.
Un travail collectif s'est alors engagé qui a duré quatre années (de 1988 à 1992) et a associé l'équipe de direction de l'établissement, les enseignants, chercheurs, élèves et personnels administratifs. Formellement, il s'est développé en plusieurs phases et activités associant réunions de travail sur l'interdisciplinarité, sur la pédagogie, sur l'évaluation, etc., périodes de formation des participants, moments de confrontation à des intervenants extérieurs de l'entreprise et de la recherche, phases de production de finalités partageables et de propositions concrètes, phases de validation et de décision, etc... Une nouvelle organisation fut mise en oeuvre en 1992 qui, elle-même, fait aujourd'hui encore l'objet de constants retours réflexifs et d'une dynamique d'évolution... Au-delà de l'objet de ce processus -un changement organisationnel- et de l'intérêt que son résultat a pu susciter (et suscite toujours) auprès de divers responsables de formation d'ingénieur et autres organismes gestionnaires de l'éducation, il a mis en scène une façon de travailler qui, sur trois plans au moins, me paraît digne d'intéresser notre communauté MCX. - Il s'est instauré progressivement (et se perpétue) comme un processus contextuel multi-acteur, quasiment au sens simonien de processus "sans objectif final"... - Il s'est d'emblée donné comme projet d'être une construction collectivement négociée de finalités partageables. - Il s'est délibérément construit comme un processus téléologique et heuristique de conception -et non comme entreprise de production d'une synthèse (sous contraintes) d'autres modèles de formation. Les repères qui seront proposés ici s'appuient, eux, sur l'expérience plus particulièrement liée à mon engagement dans ce processus : à la fois enseignant dans l'établissement et chercheur dans le domaine des sciences de la conception (sur le terrain de l'architecture), mais aussi directeur-adjoint de l'établissement en charge, justement, des études... En l'occurrence, dans ce processus, j'étais donc moi-même, à la fois, solidairement et contradictoirement : - "agent fonctionnel" en tant que co-participant comme un autre au processus de changement... - "acteur" inscrit et perçu dans des rapports sociaux et institutionnels (co-participant comme d'autres mais aussi, vis à vis de mes collègues enseignants et des élèves, directeur des études)... - virtuellement "chef de projet" ou perçu comme tel (les orientations prises me concernaient aussi en tant que directeur chargé de les mettre en oeuvre ultérieurement)... - "agent de forces" qui dépassaient le contexte du processus (à commencer par ma perception de ce contexte pour partie liée à l'univers scientifique et épistémologique de mon activité de recherche a priori extérieure au contexte de l'action)... - "sujet" réactif, cognitif, etc., dans les différentes situations de discussions, de négociation et de production comme dans des moments plus informels, directement ou indirectement liés à ce processus... En regard de cet engagement, trois principaux repères seront ici offerts à la discussion : 1) Le repère de la perception complexe de l'intervenant : prendre acte des multi-positions, multi-rôles et multi-comportements, à la fois solidaires et contradictoires, chez les intervenants d'un processus de changement, y compris soi-même... 2) Le repère de l'intelligence circonstancielle : prendre acte que les choses se font autant par l'exercice d'une intelligence circonstancielle que par planification, hasard, voire génie... 3) Le repère de la co-conception : prendre acte que l'activité d'accompagnement est solidaire d'une activité de conception qui implique que certaines connaissances actionnables relatives à l'acte de conception soient envisagées sinon énoncées...
Chacun de ces repères sera rapidement décliné et
illustré en regard de cette expérience lilloise. |
| QU'EST-CE QU'UN REPÈRE POUR L'ACTION EN SITUATION COMPLEXE ? |
Serge DIEBOLT, RED&S
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Celui qui sait ce qui est juste fera aussi ce qui est juste
Contrairement à une conception positiviste assez répandue, le droit n'est pas un domaine des sciences dont la simple connaissance épuise les propriétés de l'objet. Bien au contraire, les modalités de mise en pratique des normes dépassent de loin leur théorie. Autrement dit, connaître le droit ne signifie pas pour autant que l'on soit ipso facto apte à légiférer ou rendre une décision de justice. Il faut en effet mettre en jeu d'autres types de savoirs, où praxis et épistémé s'influencent et se construisent en un mouvement réciproque qui souvent brouille les repères de l'action.
Au niveau de la praxis, la vie du droit permet de distinguer entre plusieurs
catégories d'acteurs qui chacun possèdent un rôle bien
spécifique, même s'ils communiquent continuellement pour
délibérer. La décision juridique, présentée
de façon abstraite, est un processus complexe et multipartite. Invoquer le droit Le premier type d'acteur est constitué par les plaideurs. Dans un procès, les avocats sont chargés d'exposer les faits et de convaincre les magistrats d'adopter leur point de vue en inférant les conséquences juridiques de ces faits. Le travail de l'avocat, à la fois rhétorique et argumentatif, met alors en oeuvre plusieurs types de connaissance :
Une fois le problème ainsi co-construit, c'est au magistrat
qu'échoit la tâche de décider. Dire le droit Pour le magistrat, l'application directe de la règle de droit ne pose souvent guère de problème. Mais il arrive parfois que la règle doive être adaptée ou assouplie. Les connaissances actionnées par le diseur de droit font donc fréquemment appel à la pesée d'intérêts complexes et contradictoires. Entrent en ligne de compte :
La décision est publique, ce qui l'inscrit dans une logique de
communication (ou de non-communication) qui tend à la réalisation
de fins globales (politique judiciaire). Mais compte tenu de la méfiance
engendrée par cette politique (crainte du gouvernement des juges),
s'ensuit un rituel très particulier où de nombreuses règles
implicites mais bien connues guident les juristes dans l'interprétation
qu'ils doivent donner des décisions : la manière de rendre
un arrêt renseigne sur la façon dont il faut le comprendre. Ecrire le droit L'ensemble de la jurisprudence forme un corpus pseudo-autonome doté de sa propre raison. Mais acquérir les contours de cette structure non-dite requiert le savoir-faire d'un technicien. C'est cette connaissance d'émergence qui pose les bases d'une véritable ré-interprétation permanente du savoir juridique. Chaque décision construit l'ensemble en un processus morphocyclique. De plus, le droit organise le social, mais le social le réorganise également. De l'autonomie de l'autorité judiciaire naissent des tensions que le législateur doit prendre en considération pour l'application de sa propre politique. La délibération judiciaire est infléchie par la délibération parlementaire, mais le temps renverse cycliquement cette hiérarchie. Ainsi le législateur n'est jamais certain, quand il émet une norme, de la manière dont celle-ci va être appliquée. D'où un problème difficilement soluble : re-théoriser le droit pour le rendre plus prédictible et moins sensible à son contexte d'émergence. Cette démarche consomme beaucoup de temps, denrée rare, d'où résulte une inflation législative préjudiciable à l'ensemble de la société. Car le besoin en décideurs croît proportionnellement à la vitesse des mutations sociales sans que l'efficience du système soit globalement améliorée. L'urgence met l'accent sur l'application directe du droit plutôt que sur les méthodes (souvent non-dites) qui permettent d'en faire émerger la substance au gré des circonstances, par calcul. La crise est aggravée par le manque de confiance du diseur de droit (le législateur) envers ses interprètes futurs (les magistrats).
Il ressort de l'analyse du droit, ensemble pseudo-autonome, que sa structure
émergente semble guidée par un faisceau de repères
invisibles, construits à l'insu des décideurs et des plaideurs.
Ainsi les repères globaux s'imposent-ils pour l'action locale des
individus sans avoir été nécessairement pensés
au préalable. Penser le droit La perte générale d'efficacité du droit moderne met en lumière la nécessité de le repenser dans ses trois dimensions : axiologique, téléologique et formelle. Ces structures étant liées, il est quasiment impossible d'en altérer une sans provoquer de contre-effet sur les autres. Ainsi la pseudo-autonomie juridique condamne les utopies d'une harmonie constructible des idéologies interventionnistes, comme il récuse également le nihilisme libéral : moins de norme ne signifie pas plus de liberté.
Il semble donc que l'action globale du droit ne dispose pas de repères
réels. Bibliographie
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| REPÈRES DANS LES PROCESSUS D'ACCOMPAGNEMENT |
Bernard FABRE, Guide de haute montagne
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| Une course en haute montagne est toujours imprévisible
: son déroulement dépend non seulement de l'évolution
des éléments naturels (météo, chutes de pierres
ou de glace,...), mais aussi des compétences et des conditions physiques
et psychiques des clients (état de santé, de stress ;
réactions à la fatigue, aux difficultés,...).
En réfléchissant sur ma pratique de guide de haute montagne
j'ai été conduit à distinguer deux catégories
de repères : d'une part, ce que je qualifierai de pré-requis
concernant le savoir-être du guide, et d'autre part, des repères
portant plus sur son "faire" et son savoir-faire.
Savoir-être du guide
Principes ayant trait au "faire" et au savoir-faire :
Une fois que le client a pris confiance, il importe de parler de la course
proprement dite, de son organisation, de son timing, du matériel que
l'on va utiliser... ;
En guise de conclusion je voudrais attirer l'attention sur trois points :
A cet égard, il importe de souligner une particularité de l'accompagnement pratiqué par un guide de haute montagne, car elle est certainement source de limites pour une telle transposition : les guides sont saisis d'une demande d'accompagnement en référence à un projet ("gravir tel sommet") pour lequel les personnes qui expriment cette demande sont fortement motivées. Ceci n'est peut-être pas toujours le cas dans d'autres contextes d'accompagnement...
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| REPÈRES DANS LA CONSTRUCTION DE COGNITION COLLECTIVE |
Claude FROMAGEOT, Directeur des Moyens Techniques à la
Division Internationale Marketing et Recherche, Yves Rocher
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| I. L'apprentissage du quatuor
Polyphile
D'abord le plaisir Le quatuor, c'est 2 violons, un alto, un violoncelle. En tant qu'amateurs, nous venons pour notre plaisir faire de la musique. Dans ma vie, le fait de pratiquer la musique est une composante essentielle de ma personnalité. C'est un sésame de relations avec les autres, un accomplissement En plus, le violon, qui est un instrument mélodique, ne se suffit pas à lui-même. La musique de chambre fait entrer dans la polyphonie. Quand nous arrivons pour la répétition, nous commençons par quelques échanges. C'est le moment de perception de beaucoup de choses. Chacun vient en portant ses préoccupations. Un certain théâtre est construit par la mise en place des pupitres et des chaises pour créer l'espace. Au moment où on s'assoit pour jouer, un autre espace de ré-création s'ouvre. Le dur et profitable rappel de la matière La pratique de la musique nous rappelle à chaque instant notre finitude. Les contraintes instrumentales sont de chaque instant. Ce qui est produit n'est jamais parfait. On apprend à être humble et à exister avec ses capacités et ses limites. Ce qui sauve, c'est que le groupe sort quelque chose de beau. En fait, c'est particulièrement vrai pour des instruments à corde. Le violon seul est très ingrat. Le quatuor, lui, donne un son d'une ampleur et d'un relief exceptionnel. Quand on commence, on déchiffre une oeuvre tous ensemble. Il s'agit le plus souvent d'une découverte ou d'une redécouverte. Bien sûr, on va doucement. La discussion finale permet d'apprécier le plaisir qu'elle nous a procuré. De là viendra la décision de retenir la partition ou non. Au retour chez soi, on connaît déjà un peu les harmonies. C'est à ce moment qu'on se met à travailler la partition en individuel. Car une partition d'instrument de quatuor n'est pas exceptionnelle en soi a priori. C'est parce qu'elle fait partie d'un tout que les intentions sont merveilleuses. Donc, pour travailler, il faut pouvoir se situer dans l'ensemble des instruments. Souvent, aussi, je travaille techniquement autre chose chez moi, car j'exerce ma pratique instrumentale pour me mettre "en forme" instrumentale. C'est vraiment parce qu'il y a le quatuor que je travaille tous les jours et que je m'attache à une pratique régulière. L'exigence e |